Econopolis Lettre d’Information 14-2014

Le mois d’août ne fut pas des plus cléments, hormis sans doute pour nos investissements. Les marchés boursiers n’ont pas souffert du temps maussade et même les taux, qui étaient déjà historiquement faibles, ont encore reflué de quelques points de base, permettant aux cours obligataires de reprendre des couleurs.

Peu de raisons de se plaindre, donc, pour nos portefeuilles.

Mais toutes les meilleures histoires ont une fin. En l’occurrence, c’est notre futur gouvernement qui commence à considérer les plus-values sur investissements comme une source de revenus potentielle susceptible d’atténuer le déficit.

Autrement dit, le Belge épargnant et actif n’a jamais un moment de répit.

Investisseurs en actions dans le radar du fisc?

Récemment, nombre d’épargnants et d’investisseurs ont probablement avalé leur café de travers en apprenant l’intention du prochain gouvernement de remettre sur le tapis un impôt sur le patrimoine ou du moins un impôt sur les plus-values du patrimoine. Nous savions qu’avec la formation socialiste, le danger d’un tel impôt était réel. Mais le fait que cette piste soit également envisagée par la “suédoise” est pour le moins surprenant.

Que nous réserve l’avenir?

Nous pouvons certes essayer de nous rassurer à l’idée qu’il s’agit là d’un poisson précédemment lancé dans l’eau par l’ancien – et peut-être futur – ministre des Finances Geens, mais retenons bien que ceux qui cherchent de l’argent sont prêts à tout pour en trouver.

Nous pouvons aussi essayer de nous rassurer en nous disant qu’il existe déjà un impôt sur le patrimoine ET un impôt sur les plus-values patrimoniales, et qu’ils ne peuvent pas en ajouter un autre. Mais soyons sûrs d’une chose : pour qui a un fossé financier à combler, tous les moyens sont bons. Le fait que nous payons déjà des droits successoraux, un précompte mobilier et immobilier, des droits d’enregistrement, des taxes boursières n’y change rien, ni même le fait que ce que nous investissions ait été gagné et donc déjà taxé à l’impôt sur les revenus.

Nous pourrions pousser notre raisonnement un cran plus loin.

Quels patrimoines seront hors-la-loi? Seules les actions, seules les actifs financiers (donc principalement les actions et les obligations, les bons de caisse et les livrets d’épargne) ou tout, vraiment tout? Cette dernière question n’est pas sans importance. Imaginez que le législateur ne vise que les actifs financiers, avec ou sans franchise. Vous devinez déjà ce qui va se passer : la Belgique tout entière se réfugiera dans l’immobilier. Sur la moindre parcelle de terrain disponible, on construira un immeuble, et la mise en location ne sera qu’une préoccupation secondaire car les propriétaires de biens immobiliers restent convaincus que les briques conservent leur valeur. Le métier d’ouvrier du bâtiment souffrira de pénurie et les salaires y atteindront des records sans précédent.

Un autre point d’attention résidera dans les moins-values sur le patrimoine. On connaît tous le phénomène de la baisse chronique des marchés boursiers. Même les prix de l’immobilier pourraient finalement s’orienter dans lla mauvaise direction après un certain temps. Si l’investisseur ne peut ensuite compenser ses pertes par des gains futurs, je suis curieux de savoir si cet impôt – si tant est qu’il voit jamais le jour – survivra devant un tribunal européen ou autre instance compétente.

Supposons que cela soit le cas, combien de temps remontera-t-il dans le temps, quel sera le premier baromètre choisi? Serons-nous imposé sur le bénéfice comparé au prix d’achat initial, qui, comme on le suppose (comme on l’espère!), est nettement inférieur à la valeur actuelle? Dans ce cas – vous voyez où je veux en venir -, tout le monde vendra ses actifs imposables juste avant cette première date butoir, pour les racheter aussitôt ensuite, au même prix environ, dans le seul but que le bénéfice historique soit exonéré. Pour les biens immeubles, c’est évidemment un peu plus difficile (et plus coûteux) mais pour les actions, grâce aux courtiers en ligne, le jeu en vaudra la chandelle.

Force est de constater cependant que de nombreux investisseurs belges détiennent aussi beaucoup d’actions belges. Si toutes ces actions étaient ramenées en Bourse sur un intervalle de temps très court, sachant que la liquidité de la plupart de ces titres est plutôt limitée, la Bourse belge imploserait.

Les médias considèrent le cadastre sur le patrimoine comme le problème le plus épineux et affirment que ce type d’impôts, pour cette raison, ne pourra pas se concrétiser du jour au lendemain. Personnellement, je pense que c’est un raccourci un peu facile. Dans la mesure où il n’existe plus d’actions ou d’obligations au porteur, toutes les banques peuvent facilement produire, pour chacun de leurs clients, un aperçu de leur patrimoine financier, et le cadastre saura ce que tout le monde possède sous forme immobilière. Une simple question à nos voisins du Sud suffira pour savoir qui est par ailleurs propriétaire d’une résidence secondaire en France ou en Espagne. La porte de sortie est bloquée.

Il ne nous reste qu’un (double) espoir. Soit il reste peut-être tout de même quelques politiques sensés qui saisissent l’absurdité d’un tel impôt. Soit le législateur impose effectivement tous les patrimoines, tant mobiliers qu’immobiliers, de sorte que les dégâts seront en fin de compte limités en pourcentage. Bien que je je compte ajouter plus que jamais, au sujet de cette dernière option, que j’espère à juste titre qu’on parviendra enfin à mettre fondamentalement le budget sur les bons rails, car dans le cas contraire, la tentation sera trop grande d’augmenter chaque année légèrement le nouvel impôt.

Dieu nous préserve de la dernière phase : confiscation de tous les patrimoines en échange d’obligations d’État sans valeur.

Tous citoyens américains?

Obama serait le premier surpris… Avec ce titre, je souhaitais simplement attirer l’attention sur le fait que les entreprises américaines poursuivent clairement sur la voie du rétablissement.

Sur les six derniers mois, les bénéfices des 500 plus grandes entreprises qui composent l’indice S&P 500 ont progressé de 12% en rythme annuel. Entre le premier et le deuxième trimestre, la hausse ressort même à 8%.

Sans vouloir jeter une ombre sur ces chiffres ô combien optimistes, je voudrais tout de même faire plusieurrs observations…

Ces 500 grandes entreprises sont pour la plupart des multinationales, qui réalisent une grande partie de leurs revenus de l’exportation, dans d’autres devises que le dollar (dans lequel elles publient leurs résultats). Vous savez que nous nous plaignons depuis plusieurs mois de la cherté de l’euro, ce qui suppose que le dollar est bon marché. Une société américaine perçoit donc, pour chaque euro de marchandises vendues, quelques dollars de plus, ce qui a très probablement profité à ses bénéfices. Inversement d’ailleurs, de nombreuses sociétés européennes actives à l’international se trouvent dans le scénario inverse : leurs bénéfices ont été rabotés dans certains cas de 5 à 10% en raison des pertes de change.

Depuis quelques semaines, la donne change, le dollar prend de la valeur, nourri par la prévision d’une hausse des taux (les États-Unis seraient alors les premiers à entrer dans la danse). Pour l’heure, rien de concret n’a été décidé ou annoncé, mais cette prévision suffit à elle seule pour mettre les marchés en alerte. En l’espace de quelques mois, le dollar s’est réévalué de près de 10% par rapport à l’euro. Si cette situation perdure ou est maintenue à tout le moins, nous pourrions nous attendre à un changement de situation au troisième, et à plus forte raison au quatrième trimestre.

Autrement dit, même si les entreprises américaines continuent de croître en volumes, leurs exportations rapporteront moins en dollar. Et côté européen, le tableau sera inverse.

Faut-il pour autant revendre à la hâte nos actions américaines pour les troquer contre des titres européens? C’est probablement encore trop tôt, à plus forte raison tant que l’économie américaine connaît une croissance plus sensible que la nôtre, mais une chose est sûre : il faut garder les yeux ouverts.

La Bourse américaine a connu un brillant parcours l’an dernier et jusqu’ici en 2014. Mais cela ne dit rien de l’avenir. Ici et là, une multinationale européenne mérite certainement encore sa place dans un portefeuille bien diversifié.

johanb



Econopolis

Cet article a été rédigé par Econopolis

le 15 septembre, 2014 sur Newsletter fr