« Big Blue » dans les cordes

Mardi soir, l’entreprise technologique IBM a publié des résultats trimestriels décevants après la clôture de la Bourse. Le lendemain, l’action perdait un peu moins de 8%. Malgré les efforts consentis l’an dernier, le retour à la croissance ressemble jusqu’à nouvel ordre à une procession d’Echternach

ibmIBM est leader mondial dans l’informatique pour entreprises. Quelque 60% de son chiffre d’affaires de 79 milliards de dollars est récurrent. Avec 107 ans au compteur, IBM est sans doute l’une des plus anciennes entreprises technologiques au monde. Pour rester d’actualité dans un secteur en évolution aussi rapide, l’entreprise a dû déjà se réinventer à plusieurs reprises au cours du millénaire passé. Aujourd’hui, la direction ne ménage pas sa peine pour faire en sorte que l’entreprise conserve sa pertinence à une époque où le « cloud » ne cesse de gagner en importance. Pour compenser la contraction des activités traditionnelles (comme le hardware destiné au stockage de données), la directrice Ginni Rometty mise énormément sur les « Strategic Imperatives » depuis quelques années. C’est le nom donné aux nouvelles activités qui offrent un potentiel de croissance. IBM a investi quelque 37 milliards à cet effet ces trois dernières années, dont 10 milliards de dollars dans l’acquisition de 34 entreprises et 17 milliards de dollars en recherche et développement. Simultanément, Big Blue a vendu pour 7 milliards de dollars de chiffre d’affaires d’activités.

Au cours du trimestre écoulé, IBM a enregistré une croissance du chiffre d’affaires de 5%. Si nous tenons compte des fluctuations des cours de change, la croissance est cependant nulle. Les « Strategic Imperatives » et les applications cloud affichent des taux de croissance de 10% et 14% à taux de change constant. Cela a cependant à peine suffi pour compenser la contraction des autres activités. L’évolution du chiffre d’affaires était conforme aux attentes du marché. Les analystes ont surtout été déçus par l’évolution des marges. En pourcentage du chiffre d’affaires, le bénéfice avant impôts a en effet reculé de 7,8% à 6,0% d’une année à l’autre. Le bénéfice par action a progressé de 4%, mais surtout sous l’effet des rachats d’actions propres (l’objectif est de racheter 2% des actions en circulation chaque année).

ibLes ambitions d’IBM sont plutôt modestes. Pour 2018, l’entreprise visera un bénéfice par action au moins au niveau de celui de cette année. À long terme, IBM table sur une croissance du chiffre d’affaires réduite à un seul chiffre, une croissance du bénéfice avant impôts d’environ 5% et une croissance du bénéfice par action d’environ 10%. Ces dernières années, IBM a systématiquement manqué ses objectifs. Le chiffre d’affaires a très légèrement baissé, alors que les investissements ont pesé sur les marges bénéficiaires. 

Avec un rapport cours/bénéfice attendu (consensus) d’environ 11 pour 2018 et un rendement de dividende de quelque 4%, il est difficile de considérer IBM comme une action chère. Mais fondamentalement, un redressement du cours n’est possible que si l’entreprise peut renouer avec une croissance du chiffre d’affaires, mais surtout du bénéfice. Dans la pratique, la tâche s’annonce très difficile. Et en attendant, IBM restera dans une situation délicate



Cet article a été rédigé par Bernard Thant

le 20 avril, 2018

Bernard Thant a obtenu son diplôme en Sciences Commerciales à l’EHSAL (maintenant connu sous le nom Hogeschool-Universiteit Brussel, un collège universitaire à Bruxelles), puis a suivi un cours complémentaire d'un an en Finance et Gestion d'Actifs. Après ses études il a fait la plus grande partie de sa carrière chez Société Générale Private Banking Belgique (précédemment Banque de Maertelaere) en tant qu'analyste financier puis gestionnaire de portefeuille actions. Bernard a rejoint l’équipe Econopolis Wealth Management en septembre 2014 comme analyste financier actions.