Big pharma: beaucoup d’argent et peu de croissance

Lundi, Novartis a annoncé son intention de mettre 8,7 milliards de dollars sur la table pour AveXis, une entreprise biotechnologique sans chiffre d’affaires. Cette transaction, et quelques autres qui ont fait couler beaucoup d’encre dans un passé récent, illustrent l’appétit qui anime actuellement l’industrie pharmaceutique.

Novartis abandonne la diversification au profit de la spécialisation

Avec un chiffre d’affaires d’environ 49 milliards de dollars, le groupe suisse Novartis compte parmi les leaders du secteur pharmaceutique. Il est actif dans les médicaments innovants (pharmaceutique et oncologie), les médicaments génériques et les soins oculaires.

novEn 2014, l’entreprise avait procédé à d’énormes transactions transformatrices sous son précédent CEO Joe Jimenez. Novartis avait commencé par vendre sa division Médecine vétérinaire à son concurrent américain Eli Lilly pour 5,4 milliards de dollars. Elle avait ensuite conclu un triple deal avec GlaxoSmithKline (GSK) : vente de sa division Vaccins au groupe britannique pour 5,25 milliards de dollars, rachat de toutes les activités de GSK dans l’oncologie pour 16 milliards de dollars, et fusion de sa division Produits de consommation avec celle de GSK en échange d’une participation de 36,5% dans la joint-venture. Fin mars de cette année, GSK lui a racheté cette participation 13 milliards de dollars.

Novartis va sans doute évoluer de plus en plus vers un pur producteur de médicaments au cours des années à venir. Une décision est attendue l’an prochain concernant l’avenir d’Alcon, la division Soins oculaires du groupe. Les solutions les plus évidentes sont une vente ou une spin-off (cotation boursière distincte). Élément positif pour la valorisation d’Alcon : la division a renoué avec la croissance après une longue période de stagnation. Le sort de Sandoz, la division active dans les médicaments génériques, est également en suspens. Le marché global des médicaments génériques est sous pression, principalement en raison de la concurrence accrue venue d’Inde et de Chine. Les prix sont en baisse, surtout dans le segment des médicaments génériques classiques (aux États-Unis). Il subsiste en revanche un vif potentiel de croissance dans les « biosimilars » (médicaments similaires d’un point de vue biologique, plus complexes). Un segment dans lequel Novartis est leader mondial et voudrait rester actif. Pour le portefeuille des médicaments génériques classiques, Novartis étudie en permanence toutes les options, mais il n’existe aucun projet concret à court terme.

Novartis détient une participation de 6,2% (mais 33% des droits de vote) dans son concurrent Roche. Pourtant, son réel pouvoir décisionnel est nul, car les actionnaires familiaux détiennent au total 45% des droits de vote. Fin 2017, Novartis a décidé de ne pas vendre sa participation dans Roche. Aujourd’hui, elle vaut environ 12,2 milliards de dollars. Sans doute une fusion interviendra-t-elle un jour entre Novartis en Roche – les sièges des deux entreprises se situent à un jet de pierre l’un de l’autre et leur profil s’est considérablement rapproché –, mais ce sont les actionnaires familiaux de Roche qui auront le dernier mot. Sinon, Novartis vendra sa participation quand elle estimera le moment opportun.

Pourquoi des acquisitions ?

Pour cette année, Novartis table sur une croissance du chiffre d’affaires et du bénéfice « low to mid single digit » (2 à 5%). Les exercices 2019 et 2020 seront cependant plus délicats en raison des pertes de brevets. Des acquisitions à même de soutenir la croissance future sont donc les bienvenues. Le groupe a d’ailleurs laissé entendre qu’il avait l’intention de jouer cette carte. La direction a notamment déclaré qu’une partie du produit de la vente de la participation dans la joint-venture avec GSK pourrait servir à des acquisitions.

Novartis est loin d’être le seul acteur du secteur à chasser de nouvelles proies. Fin janvier, Sanofi a acquis l’entreprise belge Ablynx pour 4,8 milliards de dollars après que les offres émises par Novo Nordisk ont été considérées comme insuffisantes. Toujours cette année, Celgene a racheté l’entreprise biotechnologique Impact Biomedicines pour 7 milliards de dollars. La semaine dernière, le groupe japonais Takeda a également annoncé qu’il envisageait de lancer une offre sur Shire (capitalisation boursière : 47 milliards de dollars).

Cette chasse aux acquisitions dans le secteur pharmaceutique est surtout imputable aux faibles perspectives de croissance auxquelles sont confrontés de nombreux acteurs. Ainsi, GSK, Novo Nordisk, le groupe allemand Merck, Roche et Sanofi, entre autres, enregistreront cette année une croissance du bénéfice inférieure à 10%. En cause : des pipelines qui ne produisent pas ou pas suffisamment de nouveaux médicaments pour compenser la baisse des bénéfices liée aux pertes de brevets. Outre les économies, les acquisitions constituent alors la solution la plus évidente. De plus, la plupart des grands groupes pharmaceutiques disposent d’un important trésor de guerre qui leur permet de financer sans problème des acquisitions.

AveXis

29805398596_b4a21ce01e_bL’acquisition d’AveXis est le premier gros fait d’armes de Vasant Narasimhan, le nouveau directeur de Novartis. AveXis est une entreprise biotechnologique américaine active dans la thérapie génétique, et plus précisément dans le développement de nouvelles méthodes de traitement pour des maladies neurologiques génétiques potentiellement mortelles comme l’amyotrophie spinale (AS), une maladie musculaire. AveXis n’a encore aucun produit sur le marché. Elle n’a donc enregistré aucun revenu l’an dernier et essuyé une perte nette de 81 millions de dollars. Si Novartis a proposé 8,7 milliards de dollars lundi dernier (soit une prime de quelque 88% sur le cours de clôture de vendredi), c’est parce qu’elle est convaincue du potentiel d’AveXis. Novartis parie sur le fait que AveXis générera un chiffre d’affaires de plusieurs milliards de dollars au cours des années à venir et apportera une contribution positive au bénéfice du groupe à partir de 2020.

Rendez-vous 2020

Aujourd’hui, les entreprises pharmaceutiques sont disposées à payer au prix fort le potentiel de croissance qui leur fait défaut. Ainsi, le montant proposé par Novartis pour AveXis semble exorbitant. On ne saura que dans quelques années si cette entreprise ajoute réellement de la valeur à Novartis et justifie donc le prix élevé de l’acquisition.



Cet article a été rédigé par Bernard Thant

le 13 avril, 2018

Bernard Thant a obtenu son diplôme en Sciences Commerciales à l’EHSAL (maintenant connu sous le nom Hogeschool-Universiteit Brussel, un collège universitaire à Bruxelles), puis a suivi un cours complémentaire d'un an en Finance et Gestion d'Actifs. Après ses études il a fait la plus grande partie de sa carrière chez Société Générale Private Banking Belgique (précédemment Banque de Maertelaere) en tant qu'analyste financier puis gestionnaire de portefeuille actions. Bernard a rejoint l’équipe Econopolis Wealth Management en septembre 2014 comme analyste financier actions.