Brexit-blues

Le 23 juin 2016, un référendum populaire au Royaume-Uni tournait en faveur d’une sortie de l’Union européenne. Une majorité de 51,89% aura suffi pour lancer la procédure. La Première ministre Theresa May s’est ainsi vu confier la responsabilité ingrate, mais historique, de négocier un accord avec l’Union européenne et de prendre des dispositions pour une sortie en douceur. Mais ce processus a rapidement sombré dans le chaos, et alors que l’échéance du 29 mars approche à grands pas, la trajectoire à prendre reste peu claire. Jeroen Kerstens, macro-econome chez Econopolis fait l’analyse.

schermafbeelding-2019-01-21-om-22-58-22

Irlande

7t_fi10i

Le 29 mars 2017, le Royaume-Uni activait l’« article 50 ». Cet article définit la procédure de retrait de l’UE et prévoit une période de deux ans pour négocier dans le détail les relations après la sortie effective. Il y a deux semaines, la Première ministre britannique Theresa May a soumis au Parlement britannique l’accord qu’elle a négocié avec l’UE. Comme cet accord était connu, nous savions qu’une grande majorité voterait contre – ce qui s’est vérifié (432 contre – 202 pour). Dans ce scénario, la Première ministre britannique avait trois jours pour présenter un « Plan B » au Parlement. Pour couronner le tout, elle a dû affronter une motion de défiance de l’opposition. L’objectif était naturellement de provoquer la chute du gouvernement. Mais Theresa May a survécu de justesse au vote, ce qui lui a permis de rester à la tête du gouvernement. Le lundi 21 janvier, Theresa May a proposé au Parlement de se réunir à nouveau avec les représentants de l’UE dans l’espoir d’obtenir quelques concessions. Le principal obstacle reste le « backstop » irlandais.

La problématique du backstop est liée à la frontière entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord. Au terme du Brexit, celle-ci sera la seule frontière terrestre entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. Or l’ouverture de cette frontière constitue un élément crucial du Good Friday Agreement, qui garantit la paix dans la région depuis de nombreuses années. Le départ de l’Union européenne implique également la fin de plusieurs éléments fondamentaux de l’UE pour le Royaume-Uni, comme des tarifs douaniers communs et la libre circulation des personnes, des capitaux et des biens et services. Par conséquent, le Brexit imposerait des frontières et des tarifs douaniers différents sur l’île irlandaise. Une piste récemment abandonnée prévoyait l’adoption par l’Irlande du Nord de la libre circulation des tarifs douaniers de l’UE tant qu’aucun accord complet n’était trouvé, et ce, pendant une période de transition qui se terminerait en décembre 2020. Cette proposition n’a cependant pas passé l’écueil du Parlement britannique.

Enjeux énormes

schermafbeelding-2019-01-25-om-12-23-45

Dire que l’enjeu est énorme relève de l’euphémisme. Les échanges commerciaux entre les États membres de l’UE et le Royaume-Uni le démontrent. Ainsi 53% des exportations du Royaume-Uni sont-elles destinées à un État membre de l’UE, et 44,5% des importations totales proviennent de l’Union européenne. La Belgique aussi est exposée au Brexit. 8% de nos exportations sont destinées au Royaume-Uni. Dont 20% pour le seul secteur chimique (y compris les produits pharmaceutiques).

L’échéance du 29 mars approche à grands pas. Le rejet de l’accord de Theresa May est source d’incertitudes. En novembre, les négociateurs de l’Union européenne affirmaient encore que cet accord était définitif. Ils ont ainsi fermé la porte que Theresa May tente à présent d’entrouvrir. Au sein de l’Union européenne, on sait parfaitement que le Brexit affectera l’économie du continent. Par conséquent, l’UE aussi a intérêt à trouver une issue favorable. Mais elle craint surtout de créer un dangereux précédent. L’adoption d’une position de négociation modérée pourrait éveiller l’intérêt d’autres pays, et surtout des courants nationalistes dans ce pays. Un divorce trop aisé pourrait les inciter à franchir le pas. Toute séparation est douloureuse, et l’UE ne compte rien faire pour faire passer la pilule.

Après avoir survécu au vote de défiance, le Premier ministre Theresa May étudie une adaptation de son accord et tente de lui faire passer les fourches caudines du Parlement britannique. Pour l’instant, elle n’envisage pas de scénarios alternatifs. Une prolongation de l’article 50 accorderait aux différentes parties un délai supplémentaire pour négocier une sortie en douceur. Cependant, des élections européennes qui donneront lieu à la formation d’un nouveau Parlement européen sont prévues pour le mois de mai. Un report du Brexit jusqu’après ces élections imposerait l’organisation d’un scrutin outre-Manche. Le Royaume-Uni a en effet droit à 71 sièges au Parlement européen. Les voix qui réclament l’organisation d’un deuxième référendum se font toutefois de plus en plus fortes. Un scénario de No-Deal ou de « Hard Brexit » pourrait semer le chaos, bien que de nombreux pays s’y préparent déjà. Les échanges commerciaux entre le Royaume-Uni et les États membres de l’UE se fonderaient alors sur les règles de l’OMC. Cela implique notamment des tarifs et contrôles douaniers significatifs, des formalités administratives et juridiques supplémentaires, et donc plus d’obstacles au commerce.

Deal or no deal, that’s the question

schermafbeelding-2019-01-25-om-12-24-16

schermafbeelding-2019-01-25-om-12-23-18

Selon une récente étude du Fonds Monétaire International (FMI), le Brexit sera néfaste pour l’économie britannique. À long terme, la production britannique diminuerait de plus de 2% par rapport à un scénario d’adhésion à l’UE même en cas d’accord de libre-échange entre les deux parties. La baisse des investissements étrangers (FDI) et un ralentissement des flux migratoires pourraient encore réduire davantage la production à long terme. Un Brexit dur aurait de graves conséquences. À long terme, la production britannique baisserait de 4% à 7% par rapport à un scénario d’adhésion à l’UE. De telles prévisions doivent cependant être prises avec prudence, car les pays finissent toujours par s’adapter à la nouvelle situation.

Ce flou n’est pas non plus aisé à gérer pour le gestionnaire de patrimoine. Mais vous pouvez compter sur une équipe de spécialistes, dont plusieurs affichent de nombreuses années de Bourse au compteur. Prises au dépourvu par ce résultat inattendu, les Bourses se sont inscrites en nette baisse au cours des jours qui ont suivi le référendum. Après trois jours, les gestionnaires ont à nouveau accru le poids des actions afin de profiter du rebond. La livre britannique était retombée à 0,85 livre pour un euro après le référendum. Elle a encore perdu un peu de terrain après l’activation de l’article 50. Le cours s’est aujourd’hui stabilisé à environ 0,88 livre pour un euro. Les marchés financiers semblent ainsi intégrer une sortie en douceur de l’Union européenne. D’autres scénarios pourraient cependant provoquer un regain de volatilité sur la livre britannique. Conformément à notre philosophie de gestion active, nous tentons d’identifier et d’exploiter des opportunités.



Econopolis

Cet article a été rédigé par Econopolis

le 28 janvier, 2019

< Lisez le dernier article