D’altra parte

La nervosité augmente ces derniers temps dans la zone euro. Et le grand responsable en est l’Italie. L’économie, les banques et le gouvernement italiens inquiètent. Ce dernier a entamé ses négociations budgétaires et avec une coalition aussi hétéroclite, ce ne sera pas une partie de plaisir. Faut-il désespérer ? Pas du tout, selon le ministre italien de l’économie et des Finances Giovanni Tria.

unknown

La borsa è mobile

Préoccupée des projets du nouveau gouvernement, l’agence de crédit Fitch a récemment publié un rapport particulièrement critique sur l’Italie, troisième économie de la zone euro. à 130% du produit intérieur brut, la dette publique italienne est en effet nettement supérieure au maximum européen de 60%. De plus, le vice-premier ministre Matteo Salvini a annoncé dès son entrée en fonction que les accords européens n’étaient pas « sacrés » à ses yeux. Conséquence ? Des marchés d’actions et d’obligations très volatils.

422px-giovanni_tria_and_giorgio_napolitano_2012_croppedGiovanni Tria, ministre de l’économie et des Finances, a réagi cette semaine en affirmant que l’Italie respecterait les règles budgétaires européennes. Celles-ci prévoient que le déficit budgétaire ne peut dépasser 3% du PIB. Il y a donc du pain sur la planche.

Tria entend réduire l’endettement et maintenir le déficit budgétaire sous contrôle. Ce qui à son tour favorisera la croissance économique et permettra au nouveau gouvernement de mener à bien ses réformes. Ses projets sont particulièrement ambitieux, qui prévoient notamment une augmentation des allocations, un abaissement de l’âge de la retraite et même l’introduction d’une « flat tax » et d’un revenu de base.

L’homme sage et la jeunesse turbulente

âgé de 70 ans, Tria pourrait être une lueur d’espoir dans ce paysage économique inquiétant. « Indépendant », ce Romain présente en effet un profil assez particulier au sein du gouvernement de Giuseppe Conte. Non seulement il a fait une carrière de professeur d’économie, macroéconomie et d’histoire économique à la très réputée Université de La Sapienza, mais il a également siégé au conseil d’administration de l’Organisation internationale du travail et est membre de la fondation Magna Carta, un think tank libéral conservateur. Il fait ainsi figure d’exception au sein d’un gouvernement italien considéré comme populiste sur le plan économique.

On le sait, le gouvernement italien se compose du Mouvement 5 étoiles (M5S) et de la Ligue. Ces cinq étoiles font référence aux cinq grands thèmes du mouvement citoyen : démocratie directe, écologie, eau comme bien public, développement économique et transport public. Leur stratégie ? La participation totale. Chacun peut suivre chaque réunion de parti ou cycle de concertation sur Internet. Il en résulte parfois des évolutions assez particulières. Un jour, il faut sortir de l’euro. Lendemain, il faut rester fidèle à la monnaie unique.

imagesLe chef de file du M5S est Luigi Di Maio. à 35 ans à peine, il est extrêmement jeune pour un homme politique italien. Extrêmement inexpérimenté aussi. Seule expérience professionnelle ? Steward au stade de football de Naples. Le collègue vice-premier ministre de Di Maio est le président de la Ligue Matteo Salvini. L’ancien membre des communistes de Padanie a permis à ce parti combinant discours antimigrants populiste et attitude eurosceptique de s’implanter fermement dans toute la Botte. De la gauche dure alliée avec de la droite dure, pour résumer.

La grande force de ce gouvernement est cependant qu’il a bouleversé un paysage politique italien complètement vérolé. Car la politique italienne, comme l’économie et le secteur bancaire, ne témoigne pas d’une grande consistance. Pourtant, la « garde extérieure » n’est pas convaincue que ce gouvernement puisse offrir l’antidote idéal vu ses conceptions économiques considérées comme trop populistes. Et c’est cela qui suscite la nervosité nécessaire sur les marchés.

Parole, parole?

Des spécialistes ont évalué le coût du programme économique du gouvernement actuel à quelque 125 milliards d’euros. Avec une économie en plein marasme et un taux de chômage de 10,4% (qui atteint même 30,8% chez les jeunes), on peut se demander comment ce programme pourrait être financé. La dette publique italienne atteint quelque 2.400 milliards d’euros. La BCE en détient environ 20% en portefeuille. Ce qui coûte quelque 1400 euros par personne à l’ensemble des habitants de la zone euro.

Mais les Apennins pourraient accoucher d’une souris. Les vice-ministres Di Maio et Salvini ont en effet confirmé la semaine dernière que le budget 2019 n’enfreindrait aucune règle européenne. Salvini est ainsi revenu sur ses déclarations selon lesquelles l’UE était au moins coresponsable de l’effondrement du pont de Gênes et que l’Italie ne paierait pas sa contribution au budget européen si l’UE ne la soutenait pas davantage dans la crise des migrants. Plus encore : « Si la BCE cesse de racheter des obligations italiennes, nous sortons de l’euro », a-t-il menacé. Il semble aujourd’hui freiner des quatre fers. En Italie, on a d’ailleurs clairement le sentiment que l’effondrement du pont de Gênes constitue un point charnière. « À partir de maintenant, il faudra travailler de manière constructive ! ».

Ce changement d’attitude a rapidement fait sentir ses effets. Le taux sur les obligations italiennes à 10 ans a plongé de quelque 12 points de base à 2,87%. Il est ainsi passé sous la barre des 3% pour la première fois depuis la mi-août. En mai, le taux à 10 ans culminait à 3,30%. Le taux à deux ans s’est également inscrit en forte baisse, de 9 points de base à 1,08%. En mai, il atteignait 2,7%.

Reste à savoir si le gouvernement en restera aux mots ou joindra le geste à la parole. Les élections européennes de 2019 arrivent rapidement et on saura alors si les Italiens sont heureux d’un gouvernement finalement beaucoup moins radical que ce qu’il avait promis, et bien moins rebelle que prévu dans la classe européenne. Et quelle marge de manœuvre le Mouvement 5 étoiles et la Ligue laisseront-ils au ministre indépendant de l’économie et des Finances Giovanni Tria ?

Ieri, oggi, domani

L’Italie reste dans une situation économico-financière très complexe. Qu’adviendra-t-il de cette lasagne ? Impossible de se prononcer pour l’instant. En effet, le secteur bancaire italien n’a toujours pas été nettoyé et cela pèse lourdement sur les indices. Cette année, l’indice MIB fait un peu mieux que la monnaie européenne ; sur un an, il fait moins bien, sur deux ans, il le surpasse largement et depuis 2006, il accuse un grave retard. Econopolis n’a actuellement aucune action italienne en portefeuille, mais nous ne l’excluons certainement pas. Certains segments comme le luxe (Ferrari, Moncler) ou les petites et moyennes entreprises cotées en Bourse recèlent quelques joyaux. Même si leur densité est peut-être légèrement moins élevée que dans d’autres pays.

Un des grands classiques du cinéma italien s’intitule Ieri, oggi, domani. Hier, aujourd’hui, demain. Chaque jour est différent en Italie. Sur le plan économico-financier, Italie illustre parfaitement la nécessité de suivre en permanence l’actualité politique, économique et bancaire.



Econopolis

Cet article a été rédigé par Econopolis

le 14 septembre, 2018