De sombres nuages planent-ils sur le Brésil ?

Le second tour de l’élection présidentielle brésilienne aura lieu le dimanche 28 octobre. Le candidat qui remportera le plus de suffrages (Jair Bolsonaro ou Fernando Haddad) aura du pain sur la planche, en particulier en ce qui concerne les aspects économiques et financiers du pays. 

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La peste ou le choléra ?

Le duel pour l’obtention de l’écharpe présidentielle prévu ce dimanche oppose Jair Bolsonaro, le ‘Trump brésilien’, et Fernando Haddad, remplaçant de l’ex-président de la république Lula da Silva, qui purge actuellement une peine de prison pour corruption.Il faut, pour ainsi dire, choisir entre le pire et le moindre mal.

Brasília - O deputado Jair Bolsonaro discute com a deputada Maria do Rosário durante comissão geral, no plenário da Câmara dos Deputados, que discute a violência contra mulheres e meninas, a cultura do estupro, o enfrentamento à impunidade e políticas públicas de prevenção, proteção e atendimento às vítimas no Brasil. (Foto: Marcelo Camargo/Agência Brasil)

Bolsonaro se décrit comme quelqu’un allant droit au but, refusant ainsi de s’incliner face au politiquement correct. Cet ancien capitaine de l’armée ne craint pas la confrontation. Il s’est ainsi permis de comparer ses compatriotes ‘de couleur’ à des vaches ; a décrété qu’une députée était ‘trop moche’ pour être violée et a également affirmé qu’avoir engendré une fille après quatre garçons n’était autre que le fruit d’un ‘moment de faiblesse’.

Bolsonaro a remporté le premier tour de l’élection présidentielle haut la main. Il pourrait être le premier président de droite depuis la fin de la dictature militaire en 1985. Beau nombre de Brésiliens décèlent chez lui une main de fer capable de redresser l’économie et de contenir la corruption. (Ils ferment ainsi les yeux sur ses propos embarrassants et déplacés, ainsi que sur son intention de se retirer de l’accord de Paris sur le climat.)

Un mauvais mélange

Entre 2014 et 2017, le produit intérieur brut (PIB) du Brésil a chuté de 9 % et la barre symbolique des 14 millions de chômeurs a été franchie. Le Brésil a traversé une profonde récession en 2015-2016. Aujourd’hui, le taux d’inflation se situe aux alentours de 3,5 % – contre 9 % en 2015 ! – et le pays doit faire face à un déficit budgétaire de 39 milliards de dollars.Bien qu’en 2017 la croissance s’annonçais quelque peu favorable, les chiffres n’ont pas été à la hauteur des attentes. Cette année, au cours du deuxième trimestre, une grève nationale des chauffeurs routiers a complètement paralysé le pays pendant plusieurs jours. Les chauffeurs (indépendants) protestaient contre le prix élevé de l’essence. Plus de 10% des Brésiliens sont aujourd’hui sans emploi. Le Financial Times a décrit le pays comme suit : « From zombie to walking dead ».

Ensuite, il y a le système du travail qui doit être revu de toute urgence. Le Brésil occupe la première place quant au nombre de revendications des travailleurs à l’encontre des employeurs. Licencier quelqu’un y est extrêmement compliqué et peut par ailleurs revenir excessivement cher. Les travailleurs brésiliens bénéficient de nombreux avantages permettant ainsi à bien des secteurs de ramener l’âge légal de la pension à 50 ans. Fin 2017, le code du travail a été légèrement modifié afin de réinstaurer une certaine compétitivité et augmenter l’emploi. L’opposition met cependant tout en œuvre pour évincer ces solutions qui sont pourtant loin d’être satisfaisantes.

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Il y a peu de temps, des jours meilleurs semblaient cependant s’annoncer pour le Brésil, qui n’est autre que la première puissance économique de l’Amérique latine. Après 8 années de mandat de Lula, le pays avait toutes les cartes en main pour devenir le leader des pays émergents. Économiquement parlant, ils avaient le vent en poupe. C’était l’âge d’or, une vague de prospérité : le Booming Brazil. La monnaie valait peu, les rendements étaient attrayants, l’inflation avait atteint un tournant historique, la conjoncture était plus que favorable et le pays s’est vu confier l’organisation de la Coupe du monde de football et des Jeux olympiques. La devise brésilienne Ordem e progressoa vu le jour. Ordre et progrès !C’était tout à fait ça. C’était tout à fait ça. Jusqu’à ce que les fraudes, la corruption, le détournement d’argent et la criminalité s’emparent à la vitesse grand V du territoire tout entier.

Qui fera revivre la terre de la Samba ?

Depuis la victoire de Bolsonaro lors du premier tour, la valeur des obligations brésiliennes a augmenté de 6 % et celle des actions brésiliennes de 8 %. Depuis le creux de la vague mi-septembre, le cours des actions a dès lors augmenté de 30 %, les obligations en sont actuellement à 18 %. Les marchés craignent que Haddad, le candidat de gauche, n’entreprenne pas les ‘bonnes’ réformes. Quant à Bolsonaro, il avoue ouvertement ne pas s’y connaître en économie. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il soutient le banquier Paulo Guedes, fondateur de la BR Investimentos, un géant brésilien de l’investissement, formé à la prestigieuse Chicago School of Economics. Guedes est un économiste qui défend une politique budgétaire très stricte, préconise de nombreuses privatisations et recommande une sérieuse réforme des pensions.

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Comment faire face en tant que gestionnaire des actifs ?

Les facteurs principaux qui influencent les cours des obligations sont la solvabilité du gouvernement, une rente sans risques et le taux de change. D’autres facteurs, tels que la croissance économique, l’inflation, le déficit budgétaire, le niveau d’endettement, les dettes en monnaie étrangère, la balance commerciale et le taux de change, jouent tous un rôle et s’influencent mutuellement. Avoir un bon timing est capital. Certaines obligations rapportent actuellement plus de 8 % de rendement en réal brésilien.

Les actions sont à envisager sous un tout autre angle. Il faut faire la distinction entre les acteurs locaux et internationaux. Les supermarchés locaux sont particulièrement sensibles au produit intérieur brut. Une multinationale brésilienne qui gère la plupart de ses transactions à l’étranger et dont le prix de vente des produits est déterminé par le marché international est moins sensible à l’économie nationale. Cette catégorie est donc influencée par d’autres facteurs que le PIB. Chez Econopolis, tous ces éléments sont pris en considération ; il faut évaluer le caractère durable de chaque élément et intégrer le développement durable comme fil conducteur dans les investissements. Nos positions au sein du Brésil diffèrent dès lors d’un fonds à l’autre. Il convient donc de suivre la situation de très près, c’est ce que nous nous efforçons de faire chez Econopolis.

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Bon sens

C’est un fait : la dette de l’état brésilien atteindra plus de 80 % en 2019, venant de 56 % du PIB en 2014. C’est la dure réalité. En creusant, il y a lieu de se rendre compte que c’est principalement la situation interne du pays qui semble financer le déficit budgétaire, le tout en monnaie locale et étalé en moyenne sur une période de 7 ans. C’est une période plutôt vaste sur le plan politique. Le nouveau gouvernement brésilien dispose ainsi de suffisamment de temps pour éponger ses dettes et reprendre le contrôle sur la dette publique. Les marchés partent dès lors du principe que les politiciens appliqueront le sense of urgency, le bon sens des affaires – à l’heure actuelle, le Brésil est évalué par S&P BB, Moody’s Ba2 et Fitch BB. À côté de ça, les augmentations du prix de l’essence offrent un break au Brésil ; le pays regorge de ressources telles que le pétrole, l’aluminium, le fer, le charbon, c’est le plus grand exportateur de café et de cannes à sucre et un de principaux exportateurs de bois au monde.Moyennant une ‘bonne’ politique, les possibilités semblent infinies. Une ‘mauvaise’ politique, en revanche, a malheureusement démontrée que toutes les richesses peuvent être détruites en un tour de main.



Econopolis

Cet article a été rédigé par Econopolis

le 26 octobre, 2018

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