Divorce franco-japonais ?

Danone a annoncé cette semaine une réduction de sa participation dans le groupe japonais Yakult de 21% à 7%. Yakult est connu pour ses boissons probiotiques à base de yaourt qui faciliteraient la digestion. Ces produits s’inscrivent parfaitement dans le positionnement de Danone, qui poursuit le même objectif avec des marques comme Activia et Actimel. Le groupe français de produits laitiers a acquis pour la première fois des actions Yakult en avril 2000 et la réduction significative de cette participation est donc une évolution notable dans sa stratégie.

Danone précise cependant que ces 7% lui permettent de rester plus grand actionnaire de Yakult et que le groupe considère cette participation comme un investissement à long terme. Par ailleurs, les deux entreprises collaborent sur le plan commercial. Elles souhaitent continuer à promouvoir ensemble les aliments probiotiques dans le cadre d’un régime équilibré. Plus concrètement, Danone poursuivra la distribution de Yakult dans plusieurs pays européens.

Choix libre?

La vente serait motivée par une volonté de dégager une « allocation plus disciplinée du capital ». Nous voyons cette argumentation comme le reflet de deux éléments. Tout d’abord, il est un fait que la dette de Danone s’est considérablement accrue depuis l’acquisition de WhiteWave aux États-Unis. La dette nette atteint ainsi quelque 17 milliards d’euros en 2017, alors qu’elle ne dépassait pas 7 milliards d’euros en 2016.

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Par ailleurs, il est un fait que Danone a un passé contestable en matière d’allocation du capital. L’entreprise s’est d’ailleurs retrouvée à plusieurs reprises dans le collimateur d’activistes. Nelson Peltz y avait déjà pris une participation en novembre 2012 par le biais de son véhicule d’investissement Trian Partners. Il voyait un potentiel haussier dans l’action si Danone intervenait sur sa structure de coûts élevée, ce qui libérerait des ressources pour des investissements en marketing et en recherche et développement. Peltz a vendu sa participation en février 2015 après que Danone a effectivement annoncé un plan d’économies. En août 2017, c’était au tour du fonds spéculatif Corvex de prendre une participation dans Danone. Corvex est un fonds activiste dirigé par Keith Meister, l’ancien bras droit du célèbre activiste Carl Icahn. Il n’est donc pas impensable que la vente intervienne sous la pression de certains actionnaires.

Proie?

La pression des activistes ne tombe pas du ciel. Danone n’a pas été irréprochable ces dernières années. Comme de nombreux grands groupes agroalimentaires, elle a éprouvé des difficultés à lancer de nouveaux produits à succès et est prise de vitesse par de plus petites entreprises plus innovantes. Citons par exemple le lancement du « Greek Yogurt » aux États-Unis, une nouvelle catégorie dont la part de marché est passée de 1% en 2007 à quelque 35% en 2012. Cette innovation est l’œuvre de l’entreprise Chobani, un tout nouvel acteur sur ce segment qui a obligé tant Danone que Yoplait (General Mills) à se résoudre à un rôle de suiveur. Tout n’a pas été parfait non plus en Europe. La relance plus compliquée que prévu de l’importante marque Activia a contraint l’entreprise à publier un avertissement sur chiffre d’affaires en décembre 2016. Ces problèmes sont accentués par la hausse des prix du lait, associée à une tendance déflationniste dans les biens de consommation. Simultanément, les activités chinoises dans le lait pour bébés pâtissent de problèmes de sécurité de concurrents. Outre la croissance des bénéfices et l’innovation, Danone a été critiquée pour sa structure de coûts excessive. L’action affiche ainsi une valorisation plus faible que ses concurrents Unilever et Nestlé, alors qu’elle s’échangeait moyennant une prime par le passé.

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La combinaison de ces différents éléments explique le fait que l’entreprise a déjà été prise pour cible par des activistes à plusieurs reprises. Danone a également été citée comme une proie potentielle pour une acquisition. Des rumeurs ont fait état d’un intérêt de Kraft Heinz, connu pour des programmes d’économies réussis au sein d’entreprises alimentaires matures.

Il faut cependant noter que Danone a récemment pris les bonnes décisions. Le groupe a ainsi annoncé le programme de réduction des coûts « Protein » début 2017. Il doit libérer 1 milliard d’euros pour 2022. Le groupe répond ainsi à une critique fréquente d’investisseurs concernant sa base de coûts trop élevée. De plus, la vente partielle de la participation dans Yakult a l’aval des investisseurs. Nous reconnaissons que ces 3,75 milliards d’euros bloqués dans un concurrent japonais ne constituent pas une allocation optimale. Reste à voir, naturellement, ce que l’entreprise fera des quelque 2,5 milliards d’euros que cette transaction va libérer. Si elle peut leur trouver une affectation favorable, Danone franchira une nouvelle étape dans son redressement après cinq années plus compliquées.



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Cet article a été rédigé par Econopolis

le 16 février, 2018