Dos à la muraille

La muraille de Chine est une ligne de défense qui s’étend sur plus de 6.000 kilomètres. La première pierre a probablement été posée au VIIe siècle avant J.-C. Son objectif était de protéger l’Empire chinois contre les peuples cavaliers nomades ennemis. Aujourd’hui, la République populaire de Chine étant un poids lourd, elle n’a plus à craindre concernant de nouvelles invasions… Mais si c’était le cas ?

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Le mur Trumpien

On sait que Donald Trump est un grand fan des murs. Et le fait qu’il se fiche de la Chine n’a échappé à personne. Trump pense que l’Amérique devrait être ‘great’ ou ‘grande’ et cela signifie, selon lui, que les autres nations devraient être moins ‘grandes’. Son pire ennemi reste la Chine. Son directeur du White House National Trade Council, Peter Navarro, auteur de Death by Chinalui souffle à l’oreille comment maîtriser les Chinois… Des déclarations du type « Ils nous invitent à la table des négociations ; ils veulent paraître raisonnables, mais tout de même imposer leur propre volonté, à nos dépens » et « le Président Trump aura le courage de rejeter un mauvais accord avec la Chine », indiquent clairement que Navarro n’est pas immédiatement enclin à amadouer la Chine.

Navarro est fermement convaincu que le fait de trop compter sur les importations étrangères représente un véritable danger pour la sécurité nationale. Nous citons : « L’interprétation perverse du capitalisme par la Chine associe des armes mercantiles et protectionnistes illégales qui, en fin de compte, nuisent à l’industrie américaine. En conséquence, beaucoup d’emplois sont appelés à disparaître. Une confrontation frontale entre la Chine et les États-Unis est inévitable. » Trump a donc introduit des droits d’importation élevés contre la Chine l’an dernier. En trois étapes, il a augmenté de 250 milliards de dollars les droits d’importation sur les produits en provenance de Chine. Il pourrait bientôt passer à 100% de droits d’importation.

Trump vise à briser le pouvoir économique de la Chine. Le déficit commercial doit être considérablement réduit. Trump érige ainsi un mur virtuel contre la Chine et la réponse chinoise n’a pas tardé : la Chine a annoncé l’imposition de nouveaux droits d’importation sur des biens américains.La Chine serait plus vulnérable que les États-Unis en cas de généralisation de guerre commerciale, au vu de l’excédent important généré grâce aux échanges mutuels

Trump, pour sa part, a le vent économique en poupe. La réduction des impôts et l’augmentation des dépenses publiques ont dopé l’économie américaine ces derniers mois.

La Chine en difficulté

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Trump sait que le temps joue en sa faveur. Après tout, la Chine n’est plus aussi puissante qu’avant. Au troisième trimestre, la croissance économique s’est ralentie dans des proportions rappelant celles de la crise financière de 2008. A l’époque, le gouvernement chinois injectait encore 4 billions de yuans (585 milliards de dollars) dans l’économie. En octobre 2018, les banques chinoises ont émis des prêts pour 697 milliards de yuans (100 milliards de dollars). Un mois plus tôt, c’était encore 1,38 billions de yuans…

Une forte correction des prix de l’immobilier est également en suspens, ce qui, bien entendu, ne profite pas à l’économie. Lorsque nous nous penchons sur le marché immobilier chinois, nous constatons que plus d’un cinquième de toutes les maisons sont vides. On parle de pas moins de 50 millions d’appartements! Comparez cela au Japon, à Taïwan ou aux États-Unis, par exemple, avec seulement 10% d’inoccupation. En 10 ans, la part des résidences secondaires et certainement des résidences tertiaires a énormément augmenté. Cela conduit à des immeubles entiers inoccupés et des villes fantômes.

La Chine a encore d’autres chats à fouetter. Le pays s’efforce de réduire le taux d’endettement croissant des entreprises et des autorités locales et de transformer l’économie industrielle, orientée vers l’exportation, en une économie de services. Cependant, cette transformation pèse sur la croissance. La politique du président Xi Jinping et du premier ministre Li Keqjang – dite l’alliance Xi-Li – visant à faire passer le pays d’une croissance rapide à une économie plus durable et qualitative et à une économie ‘propre’ – avec un contrôle plus strict des marchés financiers – a un coût.

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Les dominos commencent à tomber

Ce que Trump oublie, c’est qu’en interdisant partiellement les biens chinois ou en les taxant lourdement, il finit par rendre les biens de consommation plus chers pour ‘Joe Sixpack’,Réduisant ainsi le pouvoir d’achat et augmentant l’inflation. Si le taux d’intérêt est alors augmenté, les entreprises et les familles ayant beaucoup de dettes se retrouveront en difficulté. Après tout, les niveaux d’endettement sont historiquement élevés. Même ceux du gouvernement américain. Si la confiance des entreprises s’érode, l’emploi sera affecté.

De plus, la Chine a beaucoup de titres américains entre les mains. Si le pays commence à ressentir les conséquences des droits à l’importation, il pourrait vendre ces titres. Ce qui, à son tour, pourrait faire monter les taux d’intérêt et aggraver les problèmes d’endettement aux États-Unis. Bref, la vision commerciale de Trump pourrait en fin de compte nuire aux festivités économiques américaines actuelles.

Le 1er décembre sera le jour J. Après la réunion du G-20 à Buenos Aires, Trump organisera un dîner avec le président chinois Xi Jinping. La semaine dernière, Trump a soudainement fait des allusions à un potentiel accord commercial et à la suppression éventuelle d’autres taxes.Cependant, qui sait ce que Trump finira par dire et décider au cours du dîner…



Econopolis

Cet article a été rédigé par Econopolis

le 23 novembre, 2018