Entrée en Bourse de producteurs de camions: battre le fer tant qu’il est chaud ?

Au début de cette année, Volkswagen a franchi les premiers pas vers une automatisation de sa division Poids lourds en vue d’une possible cotation en Bourse ou d’une émission d’obligations. Chez son concurrent Daimler aussi, des voix s’élèvent en faveur d’une division Poids lourds autonome. Le directeur de Daimler Trucks ne semble cependant pas convaincu.

Volkswagen: voitures et de camions

vwLe groupe Volkswagen développe, produit et vend des voitures de marques à gros volume (Volkswagen, Skoda et Seat) et de luxe (Audi, Bentley, Bugatti, Porsche et Lamborghini). Il est également très actif dans les poids lourds via ses marques Scania et MAN. Herbert Diess est arrivé à la tête du groupe Volkswagen il y a deux mois. Cet outsider (ancien de chez BMW) n’a pas été éclaboussé par le dieselgate. Il veut surtout accélérer les procédures décisionnelles au sein de l’entreprise pour mieux résister aux évolutions technologiques et rester compétitif.

En avril dernier, Volkswagen a fait savoir qu’elle envisageait de lancer une offre sur le producteur américain de camions Navistar. Volkswagen y détient une participation d’un peu moins de 17% depuis 2016. L’acquisition complète de Navistar coûtera quelque 4 milliards d’euros. Pour financer son investissement dans Navistar, Volkswagen veut lever des fonds en offrant une cotation distincte à sa division poids lourds – Volkswagen Truck & Bus – ou en lui faisant émettre des obligations. Une possible introduction en Bourse ne serait cependant plus pour cette année.

Daimler: n°1 dans les voitures de luxe et les poids lourds

Daimler développe, produit et vend des voitures (de luxe) des marques Mercedes et Smart. L’entreprise est également le leader mondial sur le marché des poids lourds avec des marques comme Mercedes, Freightliner, Fuso, Western Star et Bharat Benz.

La semaine dernière, Martin Daum, directeur de la division Poids lourds de Daimler, a fait savoir qu’une cotation en Bourse distincte pour Daimler Trucks concernait les actionnaires et non de la direction. Il s’est cependant demandé pourquoi Daimler céderait une division à succès alors que l’entreprise n’a pas besoin d’argent.

Oligopole

merA la suite de plusieurs fusions et acquisitions opérées ces dernières décennies, le marché des poids lourds a pris un caractère oligopolistique. En Europe, il est dominé par Daimler, Volvo, Scania, MAN, Renault Trucks (filiale de Volvo) et Iveco. Les acteurs européens sont également très présents sur le marché nord-américain, dominé par Freightliner (filiale de Daimler), Peterbilt (Paccar), Kenworth (Paccar), International (Navistar), Volvo et Mack (filiale de Volvo). 

Un marché de croissance cyclique aux marges élevées

Le marché mondial des poids lourds enregistre une croissance structurelle fondée sur l’expansion constante du commerce international et du transport de marchandises. Il est cependant très cyclique. Les poids lourds sont en effet des biens d’investissement sur lequel on fait rapidement des économies en situation de crise. L’électrification y est également en plein essor, mais les grands acteurs nous semblent accuser un certain retard par rapport à des nouveaux challengers comme Tesla. 

Utile, une IPO?

Une cotation boursière distincte pour Volkswagen Truck & Bus ou Daimler Trucks pourrait améliorer la valorisation des deux groupes. Des purs producteurs de camions comme Volvo et Paccar (qui détient notamment DAF) affichent en effet des valorisations boursières nettement supérieures à Daimler ou Volkswagen. Volvo et Paccar s’échangent respectivement à 7,8 fois et 6,6 fois leurs cash-flows opérationnels bruts (EV/EBITDA). Pour Daimler et Volkswagen, ces ratios ne dépassent pas 2,3 et 1,9. La valorisation tendue des constructeurs de poids est en partie imputable à leur rentabilité (nettement) supérieure. En outre, les modèles des camions suivent des cycles (beaucoup) plus longs que les voitures.

Une introduction en Bourse intervient généralement à un moment intéressant pour les vendeurs des actions. C’est actuellement le cas pour les constructeurs de poids lourds dont les ventes et les marges bénéficiaires se trouvent sans doute à proximité d’un sommet cyclique.



Cet article a été rédigé par Bernard Thant

le 8 juin, 2018

Bernard Thant a obtenu son diplôme en Sciences Commerciales à l’EHSAL (maintenant connu sous le nom Hogeschool-Universiteit Brussel, un collège universitaire à Bruxelles), puis a suivi un cours complémentaire d'un an en Finance et Gestion d'Actifs. Après ses études il a fait la plus grande partie de sa carrière chez Société Générale Private Banking Belgique (précédemment Banque de Maertelaere) en tant qu'analyste financier puis gestionnaire de portefeuille actions. Bernard a rejoint l’équipe Econopolis Wealth Management en septembre 2014 comme analyste financier actions.

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