Ericsson : prêt pour un come-back?

Mardi dernier, Ericsson, le producteur suédois d’équipement télécom, a annoncé qu’il inscrivait une charge de 14,2 milliards de couronnes au bilan (environ 1,9 milliard d’euros) en raison de la dépréciation d’actifs. Les actionnaires s’en soucient peu, qui ont même soutenu le titre dans le courant de la semaine.

Le groupe, fondé il y a plus de 140 ans, est actif depuis toujours dans les produits de télécommunication. Aujourd’hui, il reste l’une des grandes enseignes du secteur. Comme nous l’écrivions déjà fin octobre, l’entreprise traverse une phase difficile, et par extension la plupart des produits télécom. La faible demande d’appareils télécom survient au lendemain d’une période où les opérateurs de télécommunication ont investi sensiblement dans les réseaux de téléphonie mobile 4G. La commercialisation massive de la prochaine génération de réseaux de mobilophonie (“5G”) pourrait se faire attendre encore plusieurs années. La technologie n’est pas encore au point et les opérateurs télécom sont peu enclins à procéder déjà à de nouveaux investissements. En outre, Ericsson souffre de la concurrence féroce de Nokia et des acteurs chinois tels que Huawei et ZTE, qui couvrent un vaste marché domestique.

Tabula rasa

ekholmLes nouveaux amortissements annoncés par Ericsson cette semaine ne sont pas une surprise pour les investisseurs. L’entreprise a déjà amorti quelque 5 milliards de dollars ces deux dernières années. La différence fondamentale cette fois est que ceux-ci se traduisent uniquement par des pertes sur papier. Ils n’ont en effet aucune incidence sur la position liquide du groupe. Les dépréciations sont la conséquence de la comparaison périodique de la valeur actuelle des actifs à leur valeur au bilan. En outre, Börje Ekholm – qui a officiellement accédé cette semaine au poste de nouveau CEO – pourra indubitablement commencer son œuvre avec une ardoise propre.

Ces hard believers

Malgré la période difficile qu’Ericsson traverse actuellement (le groupe accuse une perte nette depuis cinq trimestres consécutifs et les conditions de marché demeurent riches en défis), plusieurs investisseurs professionnels continuent de croire au potentiel de la société. Le holding Investor coté en Bourse de la famille suédoise Wallenberg est actionnaire du groupe depuis déjà 68 (!) ans. En octobre, Investor a renforcé légèrement sa participation à 6,6%. Notons cependant qu’il contrôle plus de 22% des droits de vote. Le holding industriel suédois Industrivärden détient une participation d’environ 2,6% (et 15% des droits de vote) dans Ericsson.

Fin mai de l’an dernier, un nouvel actionnaire important a fait son entrée dans le capital : Cevian. Celui-ci détient actuellement 6,4% des actions (3,4% des droits de vote), ce qui représente un investissement d’environ 1 milliard de dollars. Cevian est le plus grand actionnaire activiste européen, avec un encours géré d’environ 15 milliards de dollars. Le groupe investit uniquement dans des entreprises européennes, et consent seulement deux nouveaux investissements par an. Contrairement à certains de ses homologues, Cevian se concentre davantage sur le long terme (les participations sont détenues en moyenne 5 à 7 ans). Une autre différence avec les actionnaires activistes américains est que Cevian tente de créer une plus-value en procédant à des modifications au sein des entreprises concernées, et ne « part pas en guerre » dans les médias. Bien que tous les investissements de Cevian ne soient pas aussi porteurs, l’entreprise peut se targuer d’un solide track-record. Récemment, le fonds s’est séparé en beauté, après onze années, de sa participation de 8,2% dans le constructeur de camions Volvo (rendement annualisé de quelque 10%).

Un nouveau come-back?

Pour l’instant, reste à savoir si Ericsson pourra réaliser un come-back – l’entreprise a connu des hauts et des bas ces dernières années. Il faudra encore attendre longtemps la percée de la 5G. C’est pourquoi il est préférable que pour l’heure, l’entreprise se concentre sur le renforcement de ses propres bases. Les économies de coûts et restructurations, le renforcement de la direction (nouveau CEO expérimenté et président du Conseil d’administration) et le soutien de grands actionnaires renommés accroissent d’ores et déjà le potentiel de cette entreprise suédoise iconique.



Cet article a été rédigé par Bernard Thant

le 19 janvier, 2018

Bernard Thant a obtenu son diplôme en Sciences Commerciales à l’EHSAL (maintenant connu sous le nom Hogeschool-Universiteit Brussel, un collège universitaire à Bruxelles), puis a suivi un cours complémentaire d'un an en Finance et Gestion d'Actifs. Après ses études il a fait la plus grande partie de sa carrière chez Société Générale Private Banking Belgique (précédemment Banque de Maertelaere) en tant qu'analyste financier puis gestionnaire de portefeuille actions. Bernard a rejoint l’équipe Econopolis Wealth Management en septembre 2014 comme analyste financier actions.