Euronav: quantum leap 2.0?

Euronav a annoncé le jeudi 21 décembre l’acquisition de Gener8 Maritime. L’armateur pétrolier belge opère ainsi un nouveau bond en avant. Le groupe américain Gener8 est pour 16% la propriété du financier Oaktree Capital. Avec cette acquisition, Euronav crée un acteur de quelque 44 VLCC (Very Large Crude Carriers, env. 2 millions de barils de pétrole à bord) et 28 Suezmax (environ 1 million de barils de pétrole à bord). Pour saisir l’ampleur de cette transaction, le plus simple est d’observer l’augmentation de la capacité de transport de l’ensemble de la flotte : celle-ci s’accroît de quelque 30%. Une opération d’une telle envergure rappelle 2014, quand le rachat de 15 VLCC à Maersk avait valu à Euronav le prix du « Deal of the Year ». A posteriori, le timing s’est avéré excellent, ce qui fait toujours la réputation du management dans le secteur à l’heure actuelle.

Modalités

euronavvComme de coutume dans le secteur, la transaction sera financée par l’émission d’actions nouvelles. On peut en effet considérer les actions d’un armateur comme des « unités monétaires » : en principe, elles sont le reflet de la valeur de la flotte  (la « valeur nette d’inventaire »), mais le marché y appliquera une prime ou une décote selon les perspectives du secteur. Ainsi, Euronav émettra environ 61 millions d’actions pour financer l’opération, soit un rapport de 0,73 action Euronav pour 1 action Gener8. Ce rapport représente une prime de 35% par rapport au cours de Gener8, ce qui devrait être suffisant pour empocher la mise. D’ailleurs, un groupe d’actionnaires de Gener pesant au total 48% du capital a déjà approuvé la transaction.

Une fois l’acquisition finalisée, Euronav possédera 72% de l’entité combinée, les actionnaires Gener8 disposant des 28% restants. Le management de la nouvelle entité restera cependant entièrement sous la coupe d’Euronav, avec le CEO Paddy Rodgers et le CFO Hugo De Stoop.

Motivations stratégiques

La principale motivation stratégique d’Euronav, et de loin, est la nécessité d’opérer une consolidation dans le secteur. Le principal ennemi des armateurs est en effet la surcapacité, qui ramène les tarifs de transport sous le seuil de rentabilité. Cette surcapacité est le résultat d’un manque de discipline : des petits armateurs irrationnels ont passé commande de nouveaux navires alors que le marché était déjà confronté à un problème surcapacité. La meilleure manière de s’y attaquer est d’accroître la coordination (en créant des pools) ou la consolidation, une tendance qui est en cours depuis quelque temps :

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À deuxième aspect intéressant de l’acquisition est le fait que les navires acquis par Euronav sont très jeunes. À l’exception de deux navires, tous les VLCC de Gener8 ont moins de deux ans. C’est exceptionnel sachant qu’un pétrolier navigue pendant environ 20 ans. Et c’est important, parce qu’Euronav réduit ainsi l’âge moyen de sa flotte (qui était déjà bas) et dispose ainsi d’une flotte de qualité qui pourra encore être rentabilisée pendant de nombreuses années sans nécessiter d’importants investissements supplémentaires.

Conclusion

Nous regrettons que le manque de discipline du secteur en matière de capacité et nous admirons la volonté affichée par Euronav d’accélérer la consolidation. Comme en 2014, l’entreprise le fait à un moment où le secteur traverse une passe très difficile. Les tarifs de transport fluctuent actuellement en deçà du seuil de rentabilité et à peu près tous les armateurs pétroliers devraient clôturer l’année 2017 dans le rouge. S’il est aisé de comprendre qu’il est préférable d’opérer cette transaction dans des périodes difficiles, lorsque les prix des navires sont bas, il est impossible d’estimer quand le cycle va s’inverser sur le marché des pétroliers. Le fait que le management ait fait preuve d’un excellent sens du timing lors de la dernière transaction de ce type ne garantit pas qu’il aura autant de flair cette fois. Par conséquent, le redressement du cours de l’action pourrait encore se faire attendre. Nous sommes cependant convaincus qu’Euronav est l’armateur le mieux positionné en cas d’inversion du cycle. De plus, nous remarquons que le bilan et la liquidité d’Euronav doivent lui permettre de survivre à au moins deux à trois ans de période difficile. C’est nettement plus que ses concurrents (dont quelques-uns connaissent déjà des difficultés financières) et nous sommes donc persuadés qu’Euronav pourra plus aisément supporter une prolongation de la crise que le reste de l’industrie.



Econopolis

Cet article a été rédigé par Econopolis

le 22 décembre, 2017

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