In gold we trust ?

Quand une année boursière déçoit, caractérisée par des marchés d’actions en baisse dans le monde entier et des rendements très maigres, voire nuls pour la plupart des obligations et les liquidités, de nombreux investisseurs se lancent en quête de placements à la fois (relativement) sûrs et à même de rapporter un peu. Certains se sont ainsi tournés vers l’or, qui a enchéri de près de 10% au quatrième trimestre 2018. Depuis décembre, la demande a augmenté de 10 à 20%. L’analyse de Marc Langeveld, Senior Fund Manager Econopolis.

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La raréfaction accélérée des matières premières

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Alors que la demande de matières premières augmente sous l’effet de la croissance économique globale, l’offre diminue. On ne découvre plus de grands gisements et les réserves existantes se réduisent. La classe moyenne mondiale étant appelée à grossir de 1 à 3 milliards d’individus, nous serons de plus en plus fréquemment confrontés au déficit structurel de certaines matières premières au cours de la décennie à venir. Pensez à des métaux comme le palladium, le platine, l’étain, le cuivre et l’argent.

Mais qu’en est-il de l’or ? L’Afrique du Sud prend à son compte 40% de la production mondiale, mais celle-ci diminue depuis plusieurs années. De plus, on ne découvre guère de nouveaux filons. Comme dans plusieurs métaux de bases, cette lente évolution du rapport entre l’offre et la demande peut soutenir le cours de l’or. Car la demande existe bel et bien.

En effet : si le métal jaune n’a guère d’application industrielle, il est et reste très prisé. Dans des pays comme la Russie, l’Inde et la Chine, la demande de bijoux, notamment en or, demeure soutenue. En outre, l’or constitue toujours une valeur refuge en périodes d’incertitude géopolitique et d’expansion monétaire effrénée. L’explication est simple : les gouvernements et les banques centrales ne peuvent en créer. De ce fait, l’or conserve son pouvoir d’achat dans le système monétaire depuis plus de 2500 ans. Et ce, au contraire du dollar américain, de la livre britannique ou du yen japonais, dont le pouvoir d’achat relatif s’érode année après année (c’est d’ailleurs également le cas de l’euro, mais son histoire plus brève ne permet pas d’établir une base de comparaison valable).

Une année boursière 2018 décevante

Pour les investisseurs, 2018 fut une année délicate, avec une performance négative pour 93% des catégories d’actifs en dollar américain. L’or a clôturé l’année sur un repli d’environ 3% en dollar. Grâce à la hausse du billet vert face à l’euro, le métal précieux affiche cependant un rendement positif de 3% pour les investisseurs européens.

Une telle performance est parfaitement respectable au cours d’une année où la banque centrale américaine a procédé à quatre relèvements de ses taux et le dollar s’est renforcé vis-à-vis de la plupart des monnaies pendant la plus grande partie de l’année. Après que la courbe des taux américains se soit aplanie presque à l’horizontale le mois dernier et que la Réserve fédérale a annoncé que les taux ne pourraient guère plus augmenter, l’or a repris sa marche en avant. Selon plusieurs analystes, il pourrait ainsi compter parmi les bonnes surprises de 2019.

On a également appris que la Chine avait à nouveau acheté de l’or fin 2018, pour la première fois depuis octobre 2016. La Russie l’avait précédée. En raison du regain de tensions géopolitiques entre les États-Unis et le reste du monde, d’un déficit public américain qui se creuse à nouveau et de la baisse, par conséquent, de l’attrait du dollar, la Russie et la Chine, mais aussi plusieurs autres pays, commencent à diversifier leurs réserves– notamment en abandonnant le dollar au profit de l’or. Le métal précieux pourrait ainsi bénéficier de fondamentaux positifs pour les années à venir. Il est toutefois peu probable que la hausse soit linéaire. L’or ne commencera réellement à décoller que si la croissance mondiale s’affaiblit en 2019 et que les déficits fiscaux continuent à se creuser aux États-Unis, nécessitant un nouveau programme monétaire d’assouplissement quantitatif (QE4). En raison de la diversification qu’il induit et de son comportement particulier par rapport aux autres catégories d’actifs, la présence d’or dans un portefeuille peut en réduire le profil de risque et donc la volatilité.

Mais…

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Finalement, l’or – si l’on prend en considération l’augmentation de la demande et la faiblesse de l’offre – n’est pas si cher. Car il a aussi des détracteurs. Un argument souvent entendu est que l’or physique ne rapporte aucun intérêt et ne distribue ni coupon, ni dividende.Toute hausse des taux va donc augmenter le coût d’opportunité d’un investissement en or, dont le cours va baisser. Mais comme l’a dit un jour l’ancien président de la Fed Alan Greenspan : « Si l’or est un vestige de l’histoire, pourquoi les banques centrales et le FMI détiennent-ils toujours plus de 1.000.000.000.000 de dollars en or ? »

Autre argument : les transactions en or ne donnent pas toujours lieu à une livraison physique, car l’or se négocie également sur le marché à terme et sous la forme de futures. Or ces opérations se soldent souvent par un règlement financier à l’échéance des contrats, sans livraison physique. Ces possibilités sont exploitées non seulement par les mines d’or, qui veulent ainsi couvrir une partie de leur production via les grandes banques, mais aussi par des spéculateurs en matières premières.

Si l’on peut tirer un enseignement de cette réflexion, c’est que l’or est un actif très spécifique qui se comporte différemment de tous les autres produits d’investissement dans le paysage économique. Le gestionnaire de patrimoine n’a d’autre solution que de suivre son évolution de près, même s’il se doit également de conserver un regard critique. Ainsi affirme-t-on régulièrement qu’il faut réévaluer l’or, ce qui non seulement rééquilibrait l’endettement mondial, mais pourrait également favoriser l’inflation. Le président Roosevelt l’a fait en 1933. Il a réévalué l’or pour briser la spirale déflationniste et cela a fonctionné. L’économie a connu une résurrection. Richard Nixon a lâché la couverture en or au début des années 70, ce qui a entraîné une hausse de l’or de 2200% et une dépréciation du dollar de 50%. L’initiative a donné une forte impulsion à l’inflation.

Il est clair qu’une telle réévaluation de l’or – ou dévaluation du dollar – aiderait surtout les débiteurs, tout en pénalisant les créditeurs. Elle serait très favorable aux États-Unis en accroissant la valeur de l’actif au bilan tandis que la dévaluation du dollar réduirait celle des dettes à rembourser. Bonne nouvelle pour les États-Unis, mauvaise nouvelle pour les pays qui ont d’importantes réserves en dollar… Le graphique montre les pays qui bénéficieraient d’une telle mesure grâce leurs importantes réserves d’or. On y trouve quelques noms étonnants. Que ce soit clair : l’or n’a pas fini d’alimenter les discussions…

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Econopolis

Cet article a été rédigé par Econopolis

le 25 janvier, 2019

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