Indonésie : beaucoup de potentiel, mais il y a encore du pain sur la planche

Econopolis a récemment visité Jakarta, la capitale de l’Indonésie. Nous y avons eu plusieurs réunions avec des entreprises où nous investissons déjà ou envisageons d’investir. Vu la tenue de l’élection présidentielle en avril, c’était en tout cas le bon moment pour faire le point de la situation sur place.

beleggen-in-indonesie%cc%88Une présidentielle importante

Le 17 avril, les Indonésiens votaient pour désigner un nouveau président. Les élections en Indonésie sont toujours assez spectaculaires. Cette fois-ci, ils étaient environ 193 millions appelés aux urnes. Pour cette élection en particulier, il y avait deux candidats, les deux mêmes que lors de la précédente course à la présidentielle, en 2014. Les deux candidats ont en outre un parcours radicalement différent.

Joko Widodo (Jokowi) est un ancien ébéniste, devenu maire de Solo, puis gouverneur de Jakarta, jusqu’à être élu président de l’Indonésie en 2014. C’était une première : il n’était pas issu de l’élite et il s’attaquait de manière assez pragmatique à la corruption et aux autres problèmes. On l’a aussi comparé à Barack Obama, du fait qu’il n’était pas issu de l’establishment politique et qu’il était porteur du même message d’espoir, attendu depuis longtemps par les électeurs.

Son adversaire, Prabowo Subianto, est un ancien général et ex-beau-fils de Soeharto (resté longtemps à la tête d’une junte militaire), déjà condamné plusieurs fois pour violation des droits de l’homme. Il n’hésite pas non plus à répandre régulièrement des fake news, arguant notamment que Jokowi est en fait chinois et chrétien, deux raisons susceptibles de détourner les électeurs dans le plus grand pays musulman au monde. Ou encore que, sous Jokowi, les entreprises étrangères feront main basse sur le pays et que seule la main de fer de l’ancien général pourra les en empêcher.

 

Bientôt un verdict

Les marchés financiers se sont évidemment réjouis de l’élection de Jokowi en 2014 et il semble (résultats officiels de l’élection le 22 mai) que le mandat de Jokowi sera reconduit avec environ 55% des voix. Prabowo a pourtant déjà annoncé qu’il contesterait le résultat électoral s’il ne l’emportait pas (comme il l’avait fait 2014, sans succès). Les prochaines semaines pourraient donc être marquées par une certaine fébrilité, avec peut-être une volatilité accrue sur les marchés financiers indonésiens. Quand le verdict tombera le 22 mai et que la victoire de Jokowi sera bel et bien acquise, le pays pourra reprendre le cours normal des choses et aller de l’avant.

 

De grandes espérances

En 2014, Jokowi avait déjà compris qu’en politique, mieux vaut un compromis que rien du tout. Cependant, la balance penche parfois trop d’un côté et il va trop loin dans les petits jeux politiques. La composition de son nouveau gouvernement va donc vite donner une bonne idée de sa volonté de poursuivre les réformes et de marquer l’histoire. Point positif : c’est son dernier mandat présidentiel et il n’a donc en principe rien à perdre.

Durant son premier quinquennat, Jokowi s’est attelé à la modernisation des infrastructures. Cette politique devrait se poursuivre dans les prochaines années. L’inauguration de la première ligne de métro Jakarta en mars en est une belle illustration. Elle est d’ailleurs arrivée à point nommé, juste avant l’élection. Jakarta, une des plus grandes métropoles au monde, souffre depuis des années de la congestion du trafic et d’interminables embouteillages quotidiens. On parlait déjà de la nécessité de développer un réseau de métro (en grande partie souterrain) dans les années 1980.

La première ligne inaugurée officiellement le mois passé relie Jakarta Nord à Jakarta Sud sur une distance de 23 kilomètres. Pour l’Indonésien lambda, elle symbolise parfaitement le mouvement Jokowi : l’espoir d’avancer après des décennies d’impasse. De nombreuses autres réformes sont envisagées et il ne sera pas simple de mettre tout le monde sur la même longueur d’onde. Avec Jokowi aux commandes, on sait que le pays peut y parvenir en rompant avec les pratiques généralisées de corruption qui étaient jadis la norme dans l’élite politique.

 

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Une bonne gestion parfois difficile à trouver

L’Indonésie n’est pas un bon élève en matière de bonne gouvernance, dans les entreprises comme dans l’administration. Parmi les grands pays asiatiques, seules les Philippines et la Corée du Sud sont encore moins bien loties selon l’Asian Corporate Governance Association (ACGA).

De nombreuses entreprises appliquent peu consciencieusement les règles de bonne gouvernance. La transaction avec les intervenants y est monnaie courante et il y a encore du pain sur la planche en matière de protection des droits des actionnaires minoritaires. L’arrivée de Jokowi, sans liens historiques ni prise sur d’autres acteurs politiques (corrompus), a donc d’abord été vue comme un soulagement. Il a manifesté sa volonté de s’occuper des entreprises publiques mal gérées et gangrenées par la corruption en les réformant en profondeur.

Sur ce plan, les progrès réalisés sont encore relativement faibles. Dans le monde de l’entreprise, il reste encore énormément à faire. C’est une des raisons pour lesquelles nous avons toujours détenu relativement peu d’actions indonésiennes. On trouve malgré tout des exceptions, avec des entreprises qui justement adoptent une démarche très rigoureuse en gouvernance. Ce sont celles-là qui nous intéressent chez Econopolis.

 

L’Indonésie, un pays attrayant

L’Indonésie a une population relativement importante et jeune. Elle compte actuellement plus de 260 millions d’individus, dont la moitié a moins de 30 ans et un tiers a moins de 18 ans. C’est aussi un des pays où l’urbanisation connaît la plus forte croissance, au rythme d’environ 4% par an. En 2012, 52% des Indonésiens vivaient en ville ; ils devraient être 68% en 2025.

Là où l’Indonésie est moins performante, c’est au niveau de sa dépendance à l’exportation de ses matières premières. Comme de nombreux autres pays, l’Indonésie a pleinement profité de l’énorme appétit chinois pour les matières premières la décennie passée, mais elle a en même temps négligé de mener des réformes structurelles et en profondeur en prévision de l’avenir.

Le déficit courant et la croissance relativement faible des investissements étrangers dans le pays sont d’autres éléments négatifs. Il est dès lors crucial que le nouveau gouvernement envoie des signaux pour montrer que le pays est favorable aux investissements, qu’il veut être plus compétitif et que de nouvelles réformes en ouvriront la voie.

 

Une politique monétaire qui pourrait être plus accommodante

Pour cette année, on s’attend de manière générale à une croissance économique réelle de l’ordre de 5,5%, de quoi rendre jaloux plus d’un pays. De plus, l’inflation mesurée par l’indice des prix à la consommation (IPC) était d’à peine 2,5% en mars, soit le plus bas niveau depuis novembre 2009. Parallèlement, la banque centrale a été contrainte l’année passée de relever son taux de 1,75% face à la pression externe sur les marchés financiers. En considérant que l’inflation se maintienne au niveau actuel, cela laisse de la marge pour faire baisser les taux dans les temps à venir. C’est pourquoi nous détenons également des obligations indonésiennes. Nous y reviendrons plus tard. En tout cas, on peut tabler au mieux sur de nouvelles baisses des taux, ce qui soutiendra encore l’économie nationale.

 

Conclusion

La croissance économique de l’Indonésie devrait progressivement se redresser cette année. La politique monétaire accommodante et le résultat de l’élection présidentielle devraient y contribuer. La population jeune et technophile et l’urbanisation croissante sont autant de facteurs encourageants pour l’Indonésie.  D’un autre côté, il y a encore beaucoup à faire en matière de gouvernance. Le pays doit attirer plus d’investisseurs étrangers, moderniser ses infrastructures, endiguer la corruption locale et s’attaquer au déficit courant.  Tous les regards se tournent vers le nouveau président et son nouveau gouvernement. Avec Jokowi aux commandes, le pays pourra avancer, mais ce ne sera pas facile, comme on a pu le constater ces cinq dernières années.  La sélection des actions reste donc cruciale pour séparer le bon grain de l’ivraie en Indonésie. Étant donné que les taux d’intérêt peuvent partir à la baisse, nous conservons quelques obligations à la valorisation intéressante. Dans le compartiment des actions, nous continuons de cibler des entreprises de qualité à la valorisation attrayante qui adoptent une gouvernance au-dessus du lot et ont de jolies perspectives de croissance.



Econopolis

Cet article a été rédigé par Econopolis

le 7 mai, 2019