Investir au Vietnam ? Notre spécialiste de l’Asie pèse le pour et le contre

À l’heure actuelle, Econopolis n’est pas investi directement au Vietnam. Mais la situation pourrait évoluer rapidement. L’économie vietnamienne enregistre actuellement des taux de croissance supérieurs à 7%. Nous avons donc envoyé notre observateur pour l’Asie et spécialiste des pays émergents Gino Delaere en mission au Vietnam. Il y a pris le pouls de la situation et a étudié de nouvelles opportunités d’investissement.

 

Qu’est-ce qu’un pays émergent ?

La définition la plus utilisée du pays émergent est celle du MSCI. Le fournisseur d’indices répartit grosso modo le monde en trois blocs : les pays développés (developed markets), les pays émergents (emerging markets) et les pays frontières (frontier markets). Sachez cependant que le MSCI n’inclut pas certains pays dans cette répartition, comme le Laos et le Cambodge.

Selon la subdivision de MSCI, la Chine, l’Inde, Indonésie, Corée du Sud, la Malaisie, les Philippines, Taïwan, la Thaïlande et depuis peu le Pakistan comptent parmi les pays émergents d’Asie. Le Bangladesh, le Sri Lanka et le Vietnam sont quant à eux classés dans les marchés frontières. Le Vietnam représente environ 15% du MSCI Frontier Index, mais est l’un des principaux candidats à l’accession au club des marchés émergents l’an prochain. Il pourra alors profiter d’entrées de capitaux supplémentaires. Le Vietnam mérite donc assurément notre attention.

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Econopolis et les pays émergents

Chez Econopolis, nous ne nous basons pas sur les indications du MSCI ou d’autres fournisseurs d’indices pour sélectionner les pays dans lesquels nous investissons ou non. Comme vous le savez, nous suivons exclusivement nos propres convictions au moment de choisir les pays et entreprises où nous souhaitons investir. Ainsi ne détenons-nous actuellement aucune action dans des pays comme la Malaisie, le Pakistan, les Philippines, la Thaïlande, le Chili, la Colombie, le Pérou, l’Égypte, la Hongrie, la Pologne, le Qatar ou la Turquie, bien que tous ces pays soient considérés comme « émergents ». Nous trouvons actuellement des opportunités plus attrayantes ailleurs.

Bien qu’il ne soit pas un pays émergent selon la méthodologie officielle de MSCI, le Vietnam est en plein essor. L’an dernier, il a même enregistré un taux de croissance de 7,08%, son plus haut niveau en plus de dix ans. Cette croissance se traduit par une hausse des bénéfices des entreprises qui, sur les prévisions, augmenteront d’environ 16% cette année. Peu de pays émergents font mieux aujourd’hui !

 

Le Vietnam dans une position idéale

Le Vietnam se trouve ainsi dans une position idéale. Le graphique ci-dessous l’illustre.

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Croissance réelle du PIB par habitant, moyenne mobile sur 5 ans jusqu’en 2017 (%), PIB par habitant, 2017 (échelle logarithmique, USD)

Source : Banque mondiale, VCSC

 

Avec un revenu par habitant d’environ 2.500 USD, le pays présente toujours une importante marge de progression. On peut en effet observer une corrélation largement significative entre le revenu par habitant d’un pays et sa croissance économique potentielle. D’autres pays asiatiques qui affichent déjà un revenu par habitant plus élevé enregistrent généralement une croissance économique plus lente. Des pays comme le Vietnam, où ce revenu est encore assez faible et où des réformes ouvrent la voie à une poursuite de la croissance, peuvent par conséquent afficher et maintenir pendant plusieurs années des taux de croissance plus élevés. Des études indiquent en effet que d’autres pays asiatiques aujourd’hui plus développés ont enregistré une croissance économique moyenne de plus de 7% pendant dix ans à partir du moment où ils affichaient le revenu par habitant du Vietnam aujourd’hui.

 

vietnam-3Investissements étrangers directs au Vietnam

Le Vietnam compte environ 95 millions d’habitants, dont près de 25 millions ont moins de 15 ans. De plus, il recense, selon un récent sondage de Nielsen, les consommateurs les plus optimistes au monde après l’Inde. Bien que l’on attende beaucoup d’une nouvelle série de privatisations, le pays reste tributaire des investissements étrangers. Aujourd’hui, ces investissements étrangers directs (IED) viennent surtout du Japon (19% des IED totaux), de Corée du Sud (18%), de Chine (16%) et du Singapour (16%). Deux tiers d’entre eux vont vers le secteur de la production. Cela provient du fait que le coût de la main-d’œuvre reste très faible au Vietnam. Les ouvriers vietnamiens sont par exemple 30% moins chers en moyenne que leurs collègues indonésiens dans l’industrie manufacturière. Pour des emplois comparables, les salaires sont environ deux fois plus élevés en Thaïlande, et encore nettement plus chers en Chine. Aujourd’hui, ces charges salariales réduites constituent l’un des principaux atouts du Vietnam.

 

Pourquoi Samsung s’est laissé séduire par le Vietnam

Voulant capitaliser sur cet avantage, le Vietnam se profile de plus en plus comme un port d’attache alternatif pour les entreprises désireuses de diversifier géographiquement leur production. Ce processus amorcé depuis plusieurs années s’est récemment accéléré dans le contexte des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine. Samsung, par exemple, a délocalisé une partie de sa production au Vietnam et prend aujourd’hui à son compte un peu plus de 20% des exportations vietnamiennes. Les téléphones mobiles sont ainsi le principal produit d’exportation du Vietnam (plus de 14% des exportations totales). Les principaux marchés d’exportation sont les États-Unis (20% du total), l’UE (16%), la Chine (19%) et l’ASEAN (Association des Nations de l’Asie du Sud-Est, 10%).

 

Défis

S’il veut attirer davantage d’investissements étrangers dans l’industrie manufacturière, le Vietnam devra relever plusieurs défis, comme une infrastructure défaillante ou un manque de main-d’œuvre qualifiée. En outre, le Vietnam a signé 16 traités commerciaux bilatéraux et multilatéraux avec l’Organisation mondiale du commerce, l’ASEAN, les États-Unis, le Japon, la Corée du Sud et l’UE. Enfin, il est membre de la nouvelle mouture du Partenariat transpacifique (TPP), un traité de libre-échange rebaptisé depuis peu CPTPP (pour Partenariat transpacifique global et progressiste).

D’un point du politique, Vietnam est dirigé par le Parti communiste vietnamien. Celui-ci tient tous les cinq ans un Congrès national où est notamment élu un Bureau politique. C’est cet organe qui établit ensuite les lignes directrices de la politique pour la période à venir. Un tel modèle présente des avantages et des inconvénients, mais est avant tout porteur d’une stabilité que de nombreux autres pays pourraient envier.

vietnam-4Le Vietnam et les Bourses

Étonnamment, le Vietnam compte toujours deux Bourses : celle d’Hô Chi Minh, avec environ 363 actions cotées, et celle d’Hanoi, avec 1.144 actions. La Bourse d’Hô Chi Minh revendique cependant une capitalisation de marché d’environ 124 milliards USD, contre seulement 50 milliards USD pour celle d’Hanoi. Elle constitue donc de loin la première Bourse du pays. Et c’est là que nous avons rencontré plusieurs dirigeants d’entreprises locales la semaine dernière.

 

L’expansion Vinamilk

L’une des plus connues est Vinamilk, le plus grand producteur de produits laitiers du Vietnam avec une part de marché de près de 60% sur son marché domestique. L’entreprise s’est forgé une excellente réputation ces dernières années et ne cesse d’étendre son assortiment de produits. Sa taille lui offre également de nombreux avantages par rapport aux concurrents locaux et internationaux. En outre, Vinamilk s’intéresse de plus en plus à d’autres marchés d’exportation, comme le Myanmar et les Philippines. Le groupe Jardines détient une participation directe de 10,04% dans Vinamilk et a déjà fait part de son intention de l’augmenter. Un scénario d’autant plus envisageable que l’État souhaite vendre une partie de sa participation (36%).

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Sabeco : le premier brasseur vietnamien est en pleine transition

Nous avons également visité Sabeco (Saigon Alcohol Beer and Beverage Corporation), le premier brasseur vietnamien dans lequel il est également possible d’investir indirectement, notamment via le groupe thaïlandais coté en Bourse Thai Beverage. Nous nous sommes entretenus avec le nouveau CEO et CFO qui nous a permis de mieux comprendre la situation de l’entreprise. Sabeco est aujourd’hui une entreprise en transition qui veut avant tout réinvestir dans sa principale marque, pour déployer ensuite une politique de segmentation ciblée pour ses autres produits. De nombreuses synergies sont évidemment possibles avec Thai Beverage. Et dans la mesure où elle possède le plus grand réseau de distribution du Vietnam, Sabeco dispose de nombreux atouts pour encore accroître ses parts de marché.

 

 

Mobile World : téléphonie, électronique et… supermarché

La dernière entreprise que nous souhaitons vous présenter a pour nom Mobile World. Mobile World est propriétaire des plus grandes enseignes de magasins de smartphones, d’ordinateurs portables, de tablettes et accessoires (Thegioididong) et d’électronique grand public (Dienmay Xanh) du Vietnam, avec des parts de marché de respectivement 45% et 35%.

 

En outre, le groupe développe un réseau de mini-supermarchés (Bachhoa Xanh) et gère l’une des principales plates-formes de ventes en ligne du Vietnam. Avant de rencontrer ses dirigeants, nous avons visité un de leurs supermarchés et magasins d’électronique. L’affinage de la segmentation du magasin et de la gamme de produits (avec notamment davantage de produits frais dans les supermarchés) et la poursuite de l’ouverture de magasins à de nouveaux endroits offrent des perspectives très favorables pour les années à venir. Nous n’excluons pas non plus la possibilité que cette entreprise soit rachetée par un acteur d’envergure internationale qui souhaite acquérir d’un coup une forte exposition au marché vietnamien.

 

Des limitations restent cependant d’application sur la part que les investisseurs étrangers peuvent détenir dans les entreprises vietnamiennes. Ces limites sont déjà atteintes pour certaines d’entre elles, alors qu’il reste de la marge pour d’autres. Nous nous attendons à ce que ces règles s’assouplissent peu à peu à l’avenir et que de nombreuses entreprises deviennent accessibles aux gestionnaires de fonds étrangers.

 

Conclusion : un potentiel certain, mais il reste du pain sur la planche

Pour résumer, le Vietnam possède de nombreux atouts et devrait ainsi continuer à afficher une croissance économique soutenue au cours des années à venir. Il pourrait même profiter d’une véritable guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine. Le pays dispose de nombreuses entreprises intéressantes, mais il reste beaucoup de pain sur la planche en matière de gouvernance. Et avant que le MSCI reprenne le Vietnam dans le MSCI EM, il faudra notamment travailler aux restrictions imposées aux investisseurs étrangers. C’est la raison pour laquelle nous préférons actuellement des investissements indirects, notamment via des entreprises cotées sur d’autres Bourses de la région.

 



Econopolis

Cet article a été rédigé par Econopolis

le 3 avril, 2019