Kinepolis : l’empire contre-attaque

Fin septembre, Kinepolis annonçait l’acquisition la plus importante de son histoire.  À peine trois mois plus tard, le groupe annonce déjà de nouveaux projets de reprise. Pour les investisseurs, ces transactions ne sont pas surprenantes car elles s’inscrivent dans l’ambition du groupe de doubler le nombre de complexes cinématographiques à 100.

kinepolisKinepolis est née en 1997 de la fusion des groupes familiaux Bert et Claeys. Début décembre 2017, le groupe belge comptait 48 complexes cinématographiques avec un total de plus de 500 salles dans 7 pays européens (Belgique, France, Espagne, Pays-Bas, Pologne, Suisse et Luxembourg). Contrairement à plusieurs de ses concurrents, Kinepolis possède une grande partie de ses complexes. Au premier semestre de cette année, un peu plus de la moitié de ses revenus provenaient des entrées de cinéma, un petit quart de la consommation en salle, quelque 13% des événements organisés dans les cinémas et le solde de l’immobilier, de la distribution de films et de la régie publicitaire.

Première étape hors Europe

Il y a quelques semaines, Kinepolis a finalisé la reprise de Landmark Cinemas. L’entreprise compte 44 complexes cinématographiques avec un total de 303 salles. Contrairement à Kinepolis, Landmark loue deux tiers de ses complexes (qui représentent 95% des visiteurs). Avec une part de marché de 10%, Landmark est le numéro deux au Canada, derrière le leader Cineplex, qui contrôle quelque 80% du marché. Pour l’acquisition de Landmark, Kinepolis a déboursé environ 84 millions d’euros. Avec Landmark, Kinepolis a fait un premier pas en dehors de l’Europe. Le choix du Canada repose cependant sur plusieurs paramètres. Kinepolis est en définitive seulement intéressé par les cinémas établis dans des pays stables dont il comprend la culture. Kinepolis considère le Canada comme un marché intéressant car l’économie y progresse de manière structurelle. La population canadienne est aussi en croissance et est relativement jeune.

kineIl y a quelques jours, Kinepolis a annoncé également l’acquisition du groupe néerlandais NH Bioscopen, qui s’articule autour de deux complexes existantset un projet de nouvelle construction. Kinepolis versera 27,5 millions aux actionnaires familiaux. Pour le groupe belge, l’opération est intéressante car elle lui permet de renforcer sa position sur le marché néerlandais – où il détient actuellement une part d’environ 8,5%. Avant l’acquisition, Kinepolis comptait déjà 15 complexes aux Pays-Bas depuis l’absorption du groupe Wolff-bioscopen en 2014 et la réalisation de plusieurs projets neufs. Avec NH Bioscopen, Kinepolis détiendra au total 93 complexes cinématographiques, dont 43 en propriété.

Accent sur l’intégration et les opportunités

À court terme, l’accent de la direction se déplacera vers l’intégration des entreprises rachetées. Du fait de la production de cash-flows solides, la position d’endettement accrue peut être allégée assez rapidement. Nous prévoyons que Kinepolis, outre la mise en place de « greenfields » (nouveaux complexes de cinéma, aux Pays-Bas et en France, il y a peu de marge de manœuvre pour cela) continuera de participer activement à la consolidation du secteur. Kinepolis prévoit que dans les prochaines années, plusieurs exploitants de cinémas familiaux seront vendus en raison de problèmes de succession et parce qu’ils doivent nécessairement investir dans certains marchés et le renouvellement de leurs complexes.

Décennie de rêve

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Après l’introduction en Bourse de 1998, les actionnaires de Kinepolis ont connu plus de dix années de vaches maigres, notamment en raison de la déconfiture liée à la reprise du groupe du groupe allemand CinemaxX. Au cours de la dernière décennie, le rendement de 950% (dividendes inclus) a cependant compensé largement cette déconfiture. Les actionnaires de la première heure peuvent à présent se targuer d’un rendement annuel de plus de 10%. L’évolution largement positive des dix dernières années repose principalement sur les épaules de la direction actuelle, qui veut s’assurer que Kinepolis ne soit pas seulement le meilleur en termes de marketing, mais aussi l’exploitant de cinémas le plus efficace et le meilleur gestionnaire immobilier. Cela semble ambitieux, mais ça ne l’est pas. Au cours des dix dernières années, l’entreprise est en effet devenue une machine à liquidités bien huilée, qui présente une croissance de son CA de quelque 5% en moyenne et est parvenue à tripler son chiffre sur un marché qui présente une faible croissance. Le défi des prochaines années consistera à déployer son expertise et le concept d’expérience au niveau international sans perdre en efficacité. Nous attendons avec impatience les prochains épisodes de la saga Kinepolis.

 

 

 



Cet article a été rédigé par Bernard Thant

le 29 décembre, 2017

Bernard Thant a obtenu son diplôme en Sciences Commerciales à l’EHSAL (maintenant connu sous le nom Hogeschool-Universiteit Brussel, un collège universitaire à Bruxelles), puis a suivi un cours complémentaire d'un an en Finance et Gestion d'Actifs. Après ses études il a fait la plus grande partie de sa carrière chez Société Générale Private Banking Belgique (précédemment Banque de Maertelaere) en tant qu'analyste financier puis gestionnaire de portefeuille actions. Bernard a rejoint l’équipe Econopolis Wealth Management en septembre 2014 comme analyste financier actions.

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