La Belgique doit rejoindre la Ligue hanséatique

Les pays les mieux gérés au monde sont petits, socialement cohérents et d’une grande stabilité. Hélas, la Belgique n’en fait pas partie. Avec l’apparition en Europe d’un mouvement rassemblant ces petits pays performants – avec lesquels nous avons des liens historiques -, la Belgique doit avoir l’ambition de rejoindre cette “premier league”, et éviter d’être rétrogradée en division inférieure, en d’autres termes le “Club Med”.

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Une échauffourée entre la France et les Pays-Bas est passée totalement inaperçue dans notre pays. La semaine dernière, en marge d’une rencontre de l’Eurogroupe à Paris, le ministre néerlandais des Finances Wopke Hoekstra, a lancé l’idée de créer une “Ligue hanséatique”, ce qui a provoqué une prise de bec avec le ministre français des Finances, Bruno Le Maire.

Cette Ligue hanséatique comprend huit pays, qui ont rédigé ensemble une note sur leur vision de l’Union économique et monétaire. Ils défendent la discipline budgétaire, mais réfutent l’idée d’une union des transferts, car ils craignent de devoir payer la note de la prodigalité des autres pays, à savoir le “Club Med”.

Le ministre français a rétorqué que les petits arrangements entre certains pays minaient l’UE. Mais Wopke a riposté en rappelant que la France et l’Allemagne ne se privaient pas de mener des discussions à deux et les présentaient comme un fait accompli. Le Maire a réagi en disant: “La paix entre la France et l’Allemagne représente le coeur de l’ambition européenne.”

Marginalisation

La raison pour laquelle le Premier ministre néerlandais Rutte a organisé cette Ligue est directement liée au Brexit. Avec le départ du Royaume-Uni, les petits pays se sentent marginalisés par les deux grandes puissances européennes, la France et l’Allemagne. En particulier parce que le président français Emmanuel Macron souhaite combler par son aura le vide qui pourrait être laissé par l’affaiblissement de la position de la chancelière allemande Angela Merkel. Pour Macron, les moyens financiers de l’Europe pourraient relancer une économie française chancelante et la sortir d’un profond malaise.

Cette nouvelle Ligue hanséatique n’a reçu que peu ou pas d’échos dans notre pays, alors qu’elle se retrouve progressivement à l’agenda de tous les leaders européens.

Le Financial Times lui a notamment accordé beaucoup d’intérêt, la qualifiant de “groupe de pays très concurrentiels, aux finances saines et représentant ensemble un poids important”.

L’agenda de la Ligue attire aussi d’autres petits pays du sud comme le Portugal et Malte, ainsi que la Pologne et la République tchèque. Ils souhaitent faire contrepoids à l’approfondissement – jugé trop rapide – de l’Union défendu par la France et l’Allemagne.

“Pacte du mauvais temps”

La Ligue hanséatique – affublée jusqu’il y a peu du sobriquet de “pacte du mauvais temps”, à cause des caractéristiques météorologiques de ce groupe de pays – prône la responsabilité nationale en matière de finances publiques, la prudence et le renforcement des règles envers les pays qui ne respectent pas les normes budgétaires.

La Belgique n’a pas été invitée par la Ligue à se joindre à la déclaration commune. C’est remarquable, car nous avons des liens historiques avec ce groupe de pays, et Bruges, Gand et Dinant ont été des villes importantes de la Ligue hanséatique historique. Mais un examen des fondamentaux des pays de la Ligue et de la Belgique montre que nous ne répondons pas à leurs critères.

Alors que les membres affichent un équilibre budgétaire voir un excédent pour certains, la Belgique accuse un déficit de 1,5% du PIB. La dette souveraine de notre pays est presque deux fois plus élevée que celle des membres de la Ligue et notre marché de l’emploi accuse un retard de 10% en termes de taux d’activité.

L’ambition d’accrocher notre wagon

geert-noels-webDans les statistiques, nous sommes plus proches des pays du “Club Med” que de ceux de la Ligue. Malgré tout, nous devrions avoir l’ambition de rejoindre le train de ces pays du nord et d’y accrocher notre wagon.

Le commerce et les exportations sont notre principale source de bien-être et de prospérité. En tant que petit pays, nous avons toujours été le jouet de nos deux grands voisins. Et les Diables Rouges n’auraient jamais pu atteindre la troisième place de la Coupe du monde de football si nos joueurs n’avaient pas été admis dans les clubs du top européen.

La semaine prochaine aura lieu une nouvelle réunion de l’Eurogroupe, et certains ne cacheront pas leur agacement face à cette initiative de petits pays. Il se dit dans les coulisses que les diplomates néerlandais auraient dit en riant aux Français qu’ils étaient également les bienvenus dans la Ligue, mais qu’un long silence aurait suivi. Ils devraient de toute urgence faire cette proposition à la Belgique, et le cas échéant, nous devrions accepter sans hésiter une seconde.



Econopolis

Cet article a été rédigé par Econopolis

le 3 décembre, 2018