La croissance des bénéfices d’Alphabet connaît quelques ratés

La période est chargée pour les analystes avec une saison des résultats qui bat son plein. Dans le secteur technologique, on attendait surtout – outre les résultats et perspectives des producteurs de semi-conducteurs – les performances du quatuor FANG (Facebook, Amazon, Netflix et Google). Parmi les quatre, seule Alphabet a déçu

Croissance soutenue du chiffre d’affaires 

Si le chiffre d’affaires d’Alphabet a largement dépassé les prévisions des analystes, cela n’a pas empêché l’action de perdre quelque 5%. Le chiffre d’affaires a ainsi progressé de 26% à quelque 31 milliards de dollars au premier semestre trimestre. Même en faisant abstraction de la contribution positive des cours de change, la croissance reste impressionnante : 23% malgré une base de comparaison difficile. Cette croissance est en grande partie imputable au moteur de recherche Google (tant à la version pour appareils mobiles qu’à celle pour ordinateurs classiques) et à la plate-forme vidéo YouTube. Les recettes publicitaires (= 85% du chiffre d’affaires total d’Alphabet) ont grossi de 55% en volumes, alors que les tarifs ont baissé de 18%. 

Apple et les investissements pèsent sur les marges…

C’est cependant la rentabilité d’Alphabet qui inquiète les actionnaires. Le bénéfice opérationnel n’a progressé que de 6,5% et la marge opérationnelle a baissé de 500 points de base à 22%. La direction attribue la pression sur les marges à deux facteurs : les « traffic acquisition costs » et les investissements.

goLes traffic acquisition costs sont les frais exposés par Alphabet pour guider les internautes vers ses sites (surtout le moteur de recherche Google). Ce n’est plus un secret : Alphabet verse une petite fortune (1 milliard de dollars en 2015 selon un analyste réputé, sans doute plus du triple aujourd’hui) à Apple pour configurer Google comme moteur de recherche par défaut sur chaque iPhone et iPad. Comme les utilisateurs sont de plus en plus nombreux à surfer sur leur appareil mobile, les traffic acquisition costs ne cesse d’augmenter pour Alphabet. Ils ont progressé de quelque 35% au cours du trimestre écoulé et correspondraient à 24% du chiffre d’affaires provenant de la publicité. 

Les investissements ont également pesé sur les résultats d’Alphabet. L’entreprise a en effet doublé ses investissements au cours du trimestre écoulé. Pour l’ensemble de l’exercice, les analystes tablent sur une hausse d’environ 50% à quelque 20 milliards de dollars. Outre l’acquisition d’un nouveau siège régional à New York (dont coût : 2 milliards de dollars), l’entreprise investit surtout dans le développement de centres de données et de contenu pour renforcer YouTube. 

Le recul des marges n’est pas une surprise : cela fait plusieurs trimestres que la hausse des traffic acquisition costs pèse sur les résultats d’Alphabet. Lors de la présentation des résultats annuels, la direction avait déjà mis en garde contre une pression constante sur les marges. À l’époque, elle avait également signalé que cette pression s’atténuerait par la suite. Les investissements importants d’Alphabet sont nécessaires pour maintenir la croissance du chiffre d’affaires à niveau. Alphabet doit investir dans du contenu pour renforcer sa plate-forme YouTube face à des acteurs comme Netflix, Facebook, Disney et Apple qui consentent eux aussi des investissements considérables dans des plates-formes vidéo. YouTube a d’ailleurs l’intention d’encore accroître le nombre de publicités pour pousser les utilisateurs vers des formules d’abonnement payantes. Des investissements dans l’espace serveur sont également indispensables dans la lutte qui oppose Alphabet à ses concurrents dans les applications cloud, dont Amazon (Web Services) et Microsoft.

Quo vadis ?

À long terme, les cours des actions sont surtout portés par la croissance des bénéfices. Or la baisse des marges pèse sur la croissance des bénéfices d’Alphabet, raison pour laquelle l’action stagne depuis le début de l’année. La capacité de l’entreprise à enregistrer une croissance du chiffre d’affaires de 20% malgré sa taille (chiffre d’affaires annuel d’environ 100 milliards de dollars) demeure impressionnante. Si Alphabet parvient à stabiliser ses marges autour de leur niveau actuel, les actionnaires n’ont rien à craindre



Cet article a été rédigé par Bernard Thant

le 27 avril, 2018

Bernard Thant a obtenu son diplôme en Sciences Commerciales à l’EHSAL (maintenant connu sous le nom Hogeschool-Universiteit Brussel, un collège universitaire à Bruxelles), puis a suivi un cours complémentaire d'un an en Finance et Gestion d'Actifs. Après ses études il a fait la plus grande partie de sa carrière chez Société Générale Private Banking Belgique (précédemment Banque de Maertelaere) en tant qu'analyste financier puis gestionnaire de portefeuille actions. Bernard a rejoint l’équipe Econopolis Wealth Management en septembre 2014 comme analyste financier actions.

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