La fête au pays des biotechs

La semaine fut à nouveau agitée dans le secteur des biotechnologiques, des deux côtés de l’océan.  Aux Etats-Unis, Celgene, l’une des plus grandes du secteur, a atteint un accord sur la reprise d’Impact Biomedicines pour quelque 7 milliards de dollars. Chez nous, une proposition d’offre à 2,6 milliards sur Ablynx s’est heurtée au désaccord très net du Conseil d’administration de l’entreprise.

Novo Nordisk : leader mondial dans les traitements contre le diabète

Le groupe danois Novo Nordisk est un géant pharmaceutique qui se concentre sur le développement de traitements pour des affections chroniques telles que le diabète, l’obésité, l’hémophilie et les troubles de croissance. Dans le diabète, le groupe a une part de marché mondiale de quelque 27%. Au second semestre de l’an dernier, l’action s’est très bien comportée (+ environ 33%) grâce à l’approbation alors imminente par la FDA du semaglutide, un médicament qui pourrait devenir un nouveau « blockbuster » car il n’abaisse pas seulement le taux sanguin du patient atteint de diabète de type II, mais contribue également à la perte de poids grâce à la réduction de la sensation de faim. Ce dernier point est intéressant car de nombreux patients diabétiques sont en surpoids.

Ablynx : merci aux lamas

lamaAblynx est une biotech belge fondée en 2001. Dès le départ, le groupe a développé une plateforme technologique Nanobody, après quoi elle s’est lancée dans le développement de médicaments. Les nanocorps sont des protéines basées sur des anticorps (chez Ablynx, il s’agit d’anticorps de lamas, mais cela peut également se faire à partir d’anticorps de chameaux et dromadaires) mais ont une structure bien plus simple et sont moins coûteux et plus faciles à produire que les anticorps eux-mêmes. Du fait que les nanocorps sont de très petites molécules, ils peuvent atteindre les cellules malades entourées de tissus*. À partir de la technologie Nanobody, Ablynx développe plusieurs médicaments potentiels (le groupe planche actuellement sur environ 45 projets), en pleine propriété ou en partenariat avec des entreprises pharmaceutiques renommées comme AbbVie, Boehringer Ingelheim, Eddingpharm, Merck & Co, Merck KGaA, Novartis, Sanofi and Taisho Pharmaceutical Co et … Novo Nordisk.

Grâce à l’utilisation des nanocorps, Ablynx est parvenu à développer un médicament (caplacizumab) contre le Purpura thrombotique thrombocytopénique (TTP), une maladie du sang rare. Début octobre dernier, le groupe a annoncé être parvenu à finaliser prématurément les tests cliniques de phase III. Peu de choses empêchent désormais la commercialisation du médicament.

Les Danois radins ?

Lundi dernier, Novo Nordisk a annoncé qu’il avait un maximum de 2,6 milliards d’euros pour Ablynx. Il ressort des communiqués de presse d’Ablynx et de Novo Nordisk que ce dernier avait déjà lancé son offre à 28 euros par action (+2,5 euros/action soumise à plusieurs conditions) le 22 décembre. Il semble même qu’il s’agisse d’une offre plus élevée, car initialement, Novo Nordisk avait proposé 14% de moins. Novo Nordisk a publicisé la proposition car le Conseil d’administration d’Ablynx a refusé d’entamer les discussions, malgré la prime confortable de 60% par rapport au cours du jour précédant la première proposition. Le CA d’Ablynx a réagi lundi en indiquant que cette proposition ne reflétait pas la valeur de l’entreprise de manière fondamentale. Les investisseurs partagent cette opinion, puisqu’ils ont soutenu le cours, le portant juste au-dessus du prix de l’offre, puis au-delà des 34 euros par action.

La reprise n’est pas essentielle pour Ablynx

ablynxPour Novo Nordisk, Ablynx serait un complément parfait à sa branche Hémophilie. Vu l’ampleur de Novo Nordisk (capitalisation boursière d’environ 113 milliards d’euros) et sa position nette liquide (environ 2,4 milliards d’euros), une proposition financièrement plus intéressante ne serait pas un problème pour les actionnaires d’Ablynx. Reste à savoir si la direction de Novo Nordisk l’entend de cette oreille. Si Novo Nordisk renonce, Ablynx peut poursuivre ses activités de manière autonome. A moins que plusieurs de ses partenaires de recherche soient disposés à enchérir sur l’offre de Novo…

* source: VIB.



Cet article a été rédigé par Bernard Thant

le 12 janvier, 2018

Bernard Thant a obtenu son diplôme en Sciences Commerciales à l’EHSAL (maintenant connu sous le nom Hogeschool-Universiteit Brussel, un collège universitaire à Bruxelles), puis a suivi un cours complémentaire d'un an en Finance et Gestion d'Actifs. Après ses études il a fait la plus grande partie de sa carrière chez Société Générale Private Banking Belgique (précédemment Banque de Maertelaere) en tant qu'analyste financier puis gestionnaire de portefeuille actions. Bernard a rejoint l’équipe Econopolis Wealth Management en septembre 2014 comme analyste financier actions.

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