La vita non è bella… quand on ne tient pas ses engagements économiques

L’Italie continue d’agiter les esprits sur la scène européenne et économique. Et tant la politique que les projets de l’actuel gouvernement italien y sont pour beaucoup. Or les problèmes actuels de la quatrième économie d’Europe étaient annoncés depuis un temps. Des mesures draconiennes s’imposent.

Obligations dans le brouillard

schermafbeelding-2018-11-26-om-15-21-39Le gouvernement italien actuel, qui aime pourfendre « Bruxelles » et « gli uomini dello spread », les investisseurs internationaux, comptait sur la population pour partager ce sentiment. Le succès modéré de la nouvelle obligation émise la semaine dernière indique cependant que l’Italien moyen se montre plutôt réservé quand il s’agit de ses propres économies. Alors, cette carte blanche, voire ce chèque en blanc au gouvernement… ? Non, peut-être pas finalement. Naturellement, le spread (par rapport au taux allemand à 10 ans) ne ment pas. Comme le prouve le graphique ci-dessous, il est en nette hausse depuis la récente annonce du gouvernement italien qu’il ne respecterait pas ses engagements européens.

Les Italiens traînent 2331 milliards de dettes, plus de 130% du PIB. C’est plus du double des 60% autorisés par les normes de Maastricht. Et il est peu probable que cette dette s’allège à court terme. Le déficit budgétaire est lui aussi en forte hausse, alors qu’il avait été convenu avec la Commission européenne de le réduire.

schermafbeelding-2018-11-26-om-15-20-30La croissance s’est arrêtée au troisième trimestre 2018 et Olivier Blanchard, économiste en chef du FMI, affirmait la semaine dernière que les projets du Premier ministre Giuseppe Conte afin de stimuler la croissance risquaient au contraire de la freiner. Le PIB par habitant a d’ailleurs diminué par rapport au début de ce siècle.

La comparaison de l’évolution des PIB par habitant italien et allemand depuis 1991 est significative. Alors que les courbes sont relativement parallèles jusqu’à l’introduction de l’euro et se croisent en 2006, elles divergent totalement depuis.

Productivité problématique

Les salaires sont historiquement bas en Italie. Mais pourquoi encore aller travailler quand on peut percevoir un revenu de base de 780 euros ? On peut également douter que cette mesure réduise le travail au noir. Les conditions à remplir pour avoir droit au revenu de base sont d’ailleurs assez larges. L’État italien devrait plutôt chercher à inciter les Italiens à travailler. Les agences de l’emploi restent cependant particulièrement rares.

schermafbeelding-2018-11-26-om-15-20-05Dans une perspective historique, la Botte pèche surtout par la faible croissance de sa productivité. Le graphique ci-dessous révèle une augmentation dramatiquement faible du PIB par heure prestée. Des mesures destinées à s’attaquer à ce problème spécifique s’imposent.

Le chômage des jeunes dépasse aujourd’hui 31%. Quelque 2 millions de jeunes Italiens hautement qualifiés ont quitté le pays depuis 2008. Depuis 2014, moins de 10% des emplois sont occupés par des moins de 25 ans. Cette situation est intenable. Le pire est que ces mauvais chiffres correspondent pour la plupart à une période où la majeure partie des pays européens se sont montrés performants, au travers d’une diminution de leur dette et d’une croissance économique.

L’Italie risque de plus de manquer complètement le train technologique. En Belgique, le nombre de foyers sans Internet est négligeable. En Italie, un cinquième des ménages ne sont toujours pas connectés en 2018. Et de manière générale, l’Internet est particulièrement lent dans le pays. Ce n’est une bonne chose ni pour l’enseignement, ni pour les entreprises. L’État italien devrait élever un Internet meilleur et plus répandu au rang de priorité politique. Et surtout stimuler beaucoup plus le climat entrepreneurial.

Le problème des taux

Comment le gouvernement italien va-t-il pouvoir garder le contrôle de cette dette publique colossale en cas de remontée des taux ? Cette année, il déboursera déjà 65 milliards d’euros d’intérêts sur cette dette. Auprès de qui Rome va-t-elle refinancer sa dette ? Les agences de notation S&P et Fitch ont entre-temps réduit les perspectives de l’Italie de stables à négatives. Pas de quoi restaurer la confiance dans l’économie.

schermafbeelding-2018-11-26-om-15-21-56Le graphique ci-dessous montre également que depuis 2015, les obligations publiques italiennes ont été presque exclusivement rachetées par la Banque Centrale Européenne. Or c’est écrit dans les (cinq) étoiles : celle-ci ne continuera pas à le faire indéfiniment. L’autre institution qui consent depuis peu un effort dans ce domaine est la banque nationale italienne ; un autre signe clair.

L’Italie s’est à plusieurs reprises rendue coupable de « moral hazard » (ou aléa moral : idée, par exemple, d’un assuré qui se met à vivre plus dangereusement précisément parce qu’il est assuré.) Elle a continué à emprunter pour financer une politique qui ne prenait pas de mesures impopulaires. Un changement de cap draconien est cependant nécessaire pour remettre l’Italie sur les rails – mais le gouvernement italien devra alors mettre en avant d’autres propositions que l’introduction d’un salaire de base.

Un problème supplémentaire se pose : le fonds de secours européen – le Mécanisme européen de stabilité (MES) – ne peut décider qu’à l’unanimité, et l’on observe une divergence croissante entre le nord et le sud de la zone euro. Les pays du nord de la zone euro exigent notamment de ceux du sud qu’ils réduisent les risques présents au sein de leur secteur financier avant de discuter d’un partage de ces risques.

La vieille idée d’une Ligue hanséatique reprend ainsi vigueur. Au Moyen-Âge, la Hanse était un partenariat de commerçants et de villes qui avait pour but de protéger et d’étendre leurs relations commerciales. Quelques pays du nord de la zone euro aimeraient y revenir, car ils n’ont absolument pas envie de transférer des capitaux vers des pays européens qui ne remettent pas de l’ordre dans leurs finances. Sur la scène diplomatique, la France s’oppose fermement à une telle alliance « contraire à la solidarité européenne », selon Paris. La France n’est pas elle-même à modèle sur le plan économique ? Cela n’a soi-disant rien à voir.

Conclusion ? L’Italie a énormément de pain sur la planche sur le plan économico-financier et c’est précisément le fait que tout le monde ne soit pas convaincu de la volonté du pays de procéder rapidement aux interventions draconiennes qui s’imposent qui alimente le mécontentement de la zone euro.



Econopolis

Cet article a été rédigé par Econopolis

le 30 novembre, 2018

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