L’actionnaire traîne des pieds

Lundi dernier, Axa a annoncé l’acquisition de XL Group, la plus grande de son histoire. À en croire le communiqué de presse, il s’agit d’une opération fantastique. Mais les investisseurs ne partagent manifestement pas l’enthousiasme de la direction : l’action a perdu 10% dans la foulée.

imagesAvec 107 millions de clients et des activités dans 54 pays, Axa est l’un des plus grands assureurs au monde. Le groupe est un assureur hybride, puisqu’il est à la fois actif dans les produits d’épargne et les assurances vie, les assurances dommages et la gestion de portefeuilles. L’an dernier, Axa a réalisé environ 23% de son bénéfice en France, 37% dans le reste de l’Europe, 17% en Asie, 18% aux États-Unis et 5% dans le reste du monde. Le groupe est dirigé depuis septembre 2016 par l’allemand Thomas Buberl. Il a succédé à Henri de Castries, qui était aux commandes depuis près de 17 (!) ans.

Prix élevé

Axa n’a pas hésité à mettre la main au portefeuille pour acquérir le (ré)assureur dommages américain XL Group : le groupe a déboursé quelque 15,3 milliards de dollars (12,4 milliards d’euros) en espèces. Pour les actionnaires de XL Group, l’offre représente une prime de 33% par rapport au cours du 2 mars. Par rapport au cours de fin 2017, la prime atteint même un peu moins de 64%.

Axa entend financer la transaction à l’aide de sa position de trésorerie, du produit de l’introduction en Bourse de ses activités américaines dans les assurances vie et la gestion de patrimoine, et de l’émission d’obligations subordonnées. Malgré son ampleur (son prix correspond à plus de 20% de sa capitalisation boursière), l’acquisition ne portera pas préjudice à la solvabilité  d’Axa. Le ratio Solvabilité II devrait s’établir entre 190 et 200% fin 2018, contre 205% fin 2017. Le poids plus important des assurances dommages dans la combinaison réduit les exigences capitalistiques.

Transformation

L’an dernier, Axa a réalisé près de la moitié de son bénéfice dans les produits d’épargne et d’assurance vie, 35% dans les assurances dommages, 8% dans les assurance santé et 8% dans la gestion de portefeuille. La transaction propulsera Axa au rang de numéro un mondial dans les assurances dommages des entreprises et en fera principalement un assureur dommages.

L’acquisition signifie qu’Axa estime que les primes d’assurance dommages doivent encore pouvoir augmenter au cours des années à venir aux États-Unis. Compte tenu de la charge des sinistres élevée – consécutive aux catastrophes naturelles – à laquelle ont été confrontés les assureurs dommages américains l’an dernier (306 milliards de dollars), ce raisonnement tient la route. L’augmentation du poids des assurances dommages chez Axa réduira également la dépendance du groupe aux évolutions des marchés financiers.

Points d’interrogation

downloadCependant, les analystes et investisseurs s’interrogent sur la transaction, son prix élevé et la réorientation stratégique du groupe. Avec son directeur précédent, Axa a longtemps investi dans les produits d’assurance épargne et d’assurance vie, ainsi que dans la gestion de portefeuilles. L’achat de XL Group combiné à l’IPO de la division assurances vie américaine constitue donc un changement de cap radical. La stratégie d’Axa incluait une expansion en Asie. L’acquisition de XL Group n’y contribue aucunement, puisqu’elle va encore réduire la part de cette région.

Axa paie moins de 14 fois le bénéfice et une fois et demi la valeur comptable de XL Group. C’est nettement plus que ses propres multiples ou ceux auxquels s’échangent ses concurrents. Axa table sur 400 millions de dollars de synergies, mais rien ne dit qu’elle parviendra à les réaliser. La dernière grande acquisition d’Axa (Winterthur) date de 2006 et n’a pas été un franc succès. Vu sa taille, l’intégration de XL Group ne sera pas une partie de plaisir.

Enfin, certains investisseurs espéraient qu’Axa affecterait les revenus de l’IPO de sa branche assurances vie américaine à une augmentation de la rémunération des actionnaires, et non à une acquisition.

Rien ne dit aujourd’hui qu’Axa fait les bons choix stratégiques et ne paie pas un prix trop élevé. Mais pour l’instant, les investisseurs ne laissent pas le bénéfice du doute à la direction.



Cet article a été rédigé par Bernard Thant

le 9 mars, 2018

Bernard Thant a obtenu son diplôme en Sciences Commerciales à l’EHSAL (maintenant connu sous le nom Hogeschool-Universiteit Brussel, un collège universitaire à Bruxelles), puis a suivi un cours complémentaire d'un an en Finance et Gestion d'Actifs. Après ses études il a fait la plus grande partie de sa carrière chez Société Générale Private Banking Belgique (précédemment Banque de Maertelaere) en tant qu'analyste financier puis gestionnaire de portefeuille actions. Bernard a rejoint l’équipe Econopolis Wealth Management en septembre 2014 comme analyste financier actions.

< Lisez le dernier article