Le bulletin trimestriel AAA

Avec Amazon, Apple et Alphabet, ce sont trois géants du Nasdaq qui ont publié jeudi leurs résultats pour le trimestre écoulé. Les jours précédents ont été marqués par un léger regain de nervosité. Compte tenu des performances de ces actions au cours de l’année écoulée (en dollars : +56% pour Amazon, +48% pour Apple et +33% pour Alphabet) et de leur valorisation (assez salée), ce n’était cependant pas illogique.

xL’action Apple s’est retrouvée récemment sous pression en raison des doutes entourant le succès de l’iPhone X, le nouveau produit phare de la série iPhone. Apple a vu son chiffre d’affaires progresser de 13% et son bénéfice, de 16% au cours du trimestre écoulé. L’iPhone a pris à son compte quelque 70% du chiffre d’affaires de l’entreprise californienne. L’entreprise a vendu 77 millions d’iPhone sur le dernier trimestre, soit 1% de moins qu’au cours du même trimestre, l’an dernier. Les analystes tablaient sur environ 80 millions d’exemplaires. L’élément positif est cependant qu’Apple est parvenu à augmenter le prix de vente moyen de ses smartphones de près de 14% à 796 dollars. Au cours du dernier trimestre, Apple a également vendu un peu moins de Mac, mais plus d’iPad, alors que le chiffre d’affaires provenant de services (Apple Music, applications, i-Cloud…) a progressé de 18%. Les services – qui représentent désormais 10% du chiffre d’affaires d’Apple – sont essentiels parce qu’ils apportent une expérience utilisateur uniforme sur le 1,3 milliard d’appareils Apple en circulation dans le monde et favorisent ainsi la fidélité à la marque. Pour le trimestre à venir, Apple table sur une croissance du chiffre d’affaires de 13 à 17% par rapport au même trimestre l’an dernier. La direction a surtout annoncé vouloir ramener la position nette de trésorerie à zéro (environ 125 milliards de dollars après déduction des impôts sur le rapatriement des liquidités). Cela ouvre la porte à une hausse du dividende et/ou un élargissement du programme de rachat d’actions propres. C’est surtout cette information, combinée aux résultats légèrement décevants, qui a permis à l’action de gagner initialement environ 3% après Bourse.

amazonAmazon a enregistré d’excellents résultats au cours du trimestre écoulé. Le chiffre d’affaires a progressé de quelque 38%, à près de 44 milliards de dollars. Même en filtrant les fluctuations de change, la croissance du chiffre d’affaires atteint toujours 36%. En outre, seule une petite partie de la croissance du chiffre d’affaires était imputable à l’acquisition de la chaîne de supermarchés Whole Foods Market. Le bénéfice opérationnel a gagné 69%. Contrairement à Apple et Alphabet, la réforme fiscale aux États-Unis a eu un impact positif (789 millions de dollars) sur le bénéfice du trimestre écoulé. Si nous en faisons abstraction, le bénéfice net a gagné quelque 40% à plus d’un milliard de dollars. Jeff Bezos a vanté le succès de la formule Amazon Prime. Parmi les produits propres, le Fire TV Stick (lecteur média) et Echo Dot (enceinte intelligente avec assistant virtuel Alexa) se sont montrés particulièrement performants. Environ la moitié du bénéfice d’Amazon provient de ses divisions retail américaines, l’autre moitié d’Amazon Web Services (services cloud). Les activités internationales d’Amazon restent en revanche largement déficitaires. Pour le trimestre en cours, le géant de Seattle table sur une croissance du chiffre d’affaires de 34% à 42% et un bénéfice opérationnel compris entre 300 et 1 milliard de dollars. L’action a perdu 4% jeudi à la veille des résultats. Elle a bondi initialement de 6% après Bourse.

alphabetChez Alphabet, surtout connue pour sa filiale Google, les marges bénéficiaires ont déçu. Le chiffre d’affaires du groupe a progressé de quelque 23% au quatrième trimestre. Ce chiffre d’affaires est surtout porté par le moteur de recherche Google et la chaîne vidéo YouTube. Le bénéfice opérationnel n’a cependant pas autant progressé (15%). De ce fait, la marge opérationnelle a reculé de 170 points de base à 23,7%. La baisse de la marge bénéficiaire est imputable à la hausse des frais de développement de centres de données, des dépenses marketing et des « traffic acquisition costs » (rémunérations versées à des partenaires pour les inciter à utiliser le moteur de recherche). Alphabet a essuyé une perte nette d’environ 3 milliards de dollars parce que le projet de réforme fiscale américaine a engendré une charge unique de 9,9 milliards de dollars (impôt sur les liquidités rapatriées et adaptation du poste Impôts différés au bilan). Alphabet prévoit un ralentissement de la hausse des « traffic acquisition costs » après le premier trimestre 2018. Alphabet a également indiqué qu’elle réalisait un chiffre d’affaires d’environ 4 milliards de dollars sur ses services cloud. Le retard sur Amazon (Amazon Web Services réalise un chiffre d’affaires d’environ 20 milliards de dollars) reste cependant conséquent. Waymo, filiale Amazon et un des acteurs plus avancés dans les voitures autonomes, commencera cette année à proposer des voitures autonomes en Arizona. L’action a perdu initialement quelque 2% après Bourse.

Globalement, les résultats d’Amazon, Apple et Alphabet n’ont pas réservé de grande surprise. Malgré leur taille, ces entreprises sont à nouveau parvenues à enregistrer une forte croissance. Vu la saturation du marché des smartphones, c’est surtout une prouesse pour Apple. Comme elles veulent maintenir le rythme, Amazon, Apple et Alphabet doivent étendre leur palette d’activités. De ce fait, elles chassent de plus en plus sur le même terrain. En plus de lutter pour l’attention des investisseurs, elles croisent désormais le fer pour s’attirer les faveurs du consommateur.



Cet article a été rédigé par Bernard Thant

le 2 février, 2018

Bernard Thant a obtenu son diplôme en Sciences Commerciales à l’EHSAL (maintenant connu sous le nom Hogeschool-Universiteit Brussel, un collège universitaire à Bruxelles), puis a suivi un cours complémentaire d'un an en Finance et Gestion d'Actifs. Après ses études il a fait la plus grande partie de sa carrière chez Société Générale Private Banking Belgique (précédemment Banque de Maertelaere) en tant qu'analyste financier puis gestionnaire de portefeuille actions. Bernard a rejoint l’équipe Econopolis Wealth Management en septembre 2014 comme analyste financier actions.

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