Le comeback de Sir Martin Sorrell

Six semaines à peine après avoir quitté saWPP, Sir Martin Sorrell se lance déjà dans une nouvelle aventure dans l’univers de la publicité. L’homme a un parcours impressionnant à son actif. WPP est l’abréviation de « Wire and Plastic Products ». Son origine n’a donc rien à voir avec la publicité : l’entreprise était initialement active dans la production de sacs pour les courses. C’est en 1985 que Martin Sorrell a racheté 30 % de l’entreprise dans le but d’utiliser comme plate-forme pour conquérir le monde du marketing et de la publicité. Le moins que l’on puisse dire est qu’il a gagné son pari.

screen-shot-2018-06-01-at-16-38-07Matin Sorrel a en partie écrit sa success-story au moyen une foule d’acquisitions réussies, dont les plus connues sont Ogilvy en 1989 et Young & Rubicam en 2000. Des acquisitions qui ont propulsé WPP au rang de plus grande agence de publicité au monde, devant ses concurrents Publicis et Omnicom. Sorrell sera resté quelque 33 ans à la tête de WPP et était ainsi le CEO aux plus longs états de service au sein du FTSE 100. En tant que CEO, Sorrell s’est également adjugé une rémunération royale, avec des salaires de 40 à 50 millions de livres les bonnes années. Sa carrière lui a ainsi permis de constituer un patrimoine personnel d’un demi-milliard de livres, ainsi que d’obtenir le titre honorifique de Sir.

Comment cette aventure a-t-elle pu prendre fin de manière aussi abrupte ? L’essor de quelques petits acteurs spécialisés dans le numérique et la réduction des budgets publicitaires de leurs clients ont pesé sur les résultats des agences de publicité ces dernières années. La révolution numérique a bouleversé le monde de la publicité et de petites entreprises et autres start-up se sont empressées de se faufiler dans la brèche pour se faire une place dans un secteur auparavant dominé par les grandes agences. Àcette intensification de la concurrence s’est ajoutée l’adoption progressive d’une approche « zero-based budgeting » par les clients. En d’autres termes, les clients traditionnels de WPP (pensez aux Unilever et autres Procter & Gamble) ont commencé à gérer leurs budgets publicitaires de manière nettement plus stricte. Cette évolution des budgets est directement liée au numérique : les médias sociaux permettent désormais aux annonceurs d’atteindre un public beaucoup plus large à moindres coûts, ce qui ne favorise pas les agences traditionnelles. Après un brillant parcours, l’action WPP a ainsi perdu quelque 40% de sa valeur depuis début 2017.

Si elle a sans doute fragilisé la position de Martin Sorrell, cette détérioration de la croissance et de la rentabilité des grandes agences n’est pas pour autant la cause directe de son départ. Les motifs invoqués restent relativement vagues : il est question d’un « comportement personnel inapproprié et d’abus de biens sociaux ». L’entreprise n’a pas voulu préciser ses griefs, mais une enquête serait actuellement en cours sur ce qui s’est réellement passé.

Martin Sorrell a cependant surpris tout le monde cette semaine en se lançant déjà dans une nouvelle aventure au sein du secteur où il s’est construit : il a mis sur pied un nouveau véhicule d’investissement, baptisé S4 Capital, qui, via une « prise de contrôle inversée » de Derriston Capital, créera une plate-forme destinée à racheter et fusionner des agences de marketing et de publicité. Derriston a communiqué qu’elle était déjà en discussion avec quelques proies potentielles sélectionnées avec soin. Sorrell signe donc un comeback extrêmement rapide en adoptant une stratégie qui rappelle énormément ses débuts avec WPP. Le fait qu’il en ait le loisir (Sorrell n’a jamais signé de clause de non-concurrence chez WPP) et la vitesse de ce retour sont pour le moins surprenants.



Cet article a été rédigé par Sam Van den Poel

le 1 juin, 2018

Sam a obtenu son diplôme d’économie à l’université KULeuven et a complété sa formation par un MSc International Finance à HEC Paris. Il a débuté sa carrière chez Credit Suisse à Londres et a rejoint par la suite Exane, où il était actif en tant qu’analyste sell-side. A son retour en Belgique, il a travaillé pour un family office, où il était responsable de la gestion d’un portefeuille d’actions mondiales. Sam a rejoint Econopolis en novembre 2017 en tant que gestionnaire de portefeuille.