Le danger des guerres commerciales (bis)

Il y a quelques semaines, le Président Trump annonçait l’instauration de droits d’importation sur l’acier et l’aluminium. Manifestement, Trump visait surtout la Chine, mais sa décision s’est avérée être une erreur de calcul. Ces taxes ont surtout affecté des pays comme le Canada et le Mexique, ainsi que l’Europe. L’erreur de calcul a été en partie rectifiée par l’octroi d’exemptions à certains pays. Cette semaine, Trump a annoncé une nouvelle série de taxes spécifiquement destinées aux produits chinois. Si la Chine n’a pas encore annoncé de contre-mesures, il semble peu vraisemblable qu’elle reste les bras croisés. Trump franchit donc une nouvelle étape vers une véritable guerre commerciale. La réaction des marchés financiers ne s’est en tout cas pas fait attendre. Dès l’annonce des mesures, les indices généralistes des actions américains ont perdu quelque 3%, la Bourse japonaise abandonnant 4,5%.

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Comme indiqué précédemment dans cette publication, une guerre commerciale intense n’est jamais une bonne chose pour l’économie mondiale. De manière générale, de nouvelles étapes ne cessent d’être franchies vers plus de libre-échange. Récemment, plusieurs pays en bordure de l’océan Pacifique ont encore travaillé au successeur de l’Accord de partenariat transpacifique (dont sont sortis les États-Unis), alors que 44 pays africains ont convenu de créer une grande zone de libre-échange sur le continent noir. Une escalade commerciale entre les États-Unis et la Chine, les deux plus grandes économies mondiales, pourrait cependant réduire à néant ces avancées. Un large recours à des mesures protectionnistes pèserait à la fois sur le commerce mondial, la croissance économique et la productivité, tout en dopant l’inflation. Il faut certes un temps avant que ses effets se concrétisent, mais une véritable guerre commerciale ferait surtout de nombreux perdants dans l’économie mondiale. L’économie américaine, et en particulier le consommateur américain, en subirait à terme les conséquences.

trMême s’il est impossible de prévoir à ce stade jusqu’où Trump veut et peut aller, le risque d’une véritable guerre commerciale a clairement augmenté ces dernières semaines. Certes, il reste une chance raisonnable de voir Trump renoncer finalement à ces mesures contre la Chine. C’est ce que voudrait le bon sens, et ce serait conforme à la ligne historique au sein du Parti républicain. Mais la dynamique récente à la Maison-Blanche est inquiétante. Sur le plan économique, la première année du mandat de Trump est relativement positive. Bien sûr, le sens et l’opportunité de la réforme fiscale suscitent certaines interrogations, mais au moins Trump n’a-t-il pas fait grand-chose qui mette en péril la tendance économique positive. Désormais dans sa deuxième année de mandat, Trump semble donc tenté d’imposer ses promesses de campagne les plus inquiétantes, et notamment des mesures protectionnistes. Sans compter que plusieurs collaborateurs plus « raisonnables » ont quitté la Maison-Blanche pour être remplacés par des figures plus « extrêmes » (notamment Pompeo, Kudlow et Bolton). Cela augmente clairement le risque de décisions politiques qui pourraient s’avérer négatives pour l’économie et les marchés financiers.

Implications pour les marchés financiers

La transition vers une nouvelle phase dans le cycle économique mondial, avec une hausse progressive de l’inflation et l’adoption d’une politique monétaire moins accommodante par les banques centrales, avait déjà troublé les marchés ces derniers mois. Le risque de guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine et les incertitudes liées aux prochaines mesures de Trump apporte encore un surcroît d’inquiétudes. Dans un contexte de valorisations élevées – surtout aux États-Unis – et après une longueur période de stabilité, la réaction des marchés d’actions a été assez négative. À moins que Trump ne change d’orientation à court terme, ces incertitudes devraient encore planer assez longtemps. Elles devraient au moins provoquer un regain de volatilité sur les marchés.

Implication pour la stratégie d’investissement

À nos yeux, les valorisations élevées et la perspective d’un infléchissement de la politique monétaire justifiaient déjà une stratégie plus prudente, avec une exposition limitée aux actions et des positions de liquidités importantes. Dans ce contexte, le risque croissant de guerre commerciale ajoute un nouveau facteur porteur de volatilité. Dans les turbulences actuelles, cette stratégie prudente est parfaitement légitime. Une nouvelle correction ouvre des perspectives de valorisations attrayantes, mais à court terme, nous préférons attendre plus de clarté concernant les risques d’escalade commerciale.



Cet article a été rédigé par Bart Van Craeynest

le 23 mars, 2018

Après ses études d’économie à l’UFSIA, Bart Van Craeynest a rejoint le secteur financier en tant qu’économiste. Il suit depuis plus de 15 années déjà les évolutions économiques en Belgique et à l’international, et jauge l’impact de ces dernières sur les marchés financiers. Après un long passage chez une grande banque belge, il est devenu économiste en chef d’un organisme financier en 2010. Depuis 2015, Bart Van Craeynest est l’économiste en chef d’Econopolis. Il est co-responsable du scénario économique de la maison et à ce titre étroitement impliqué dans la définition de la stratégie d’investissement.