Le début de la hausse de taux tant attendue ?

Cette semaine, les marchés obligataires ont évolué au gré de l’annonce de la hausse de taux tant attendue. Deux gestionnaires de fonds obligataires réputés ont annoncé la fin de la longue période de repli des taux. En outre, le fait que la banque centrale japonaise (BoJ) ait acheté moins d’obligations a rassuré les marchés, et la rumeur veut que la Chine trouve les investissements en dollar moins intéressants. En soi, cela signifie cependant peu de choses. Ce n’est pas la première fois que les gestionnaires concernés préviennent d’une hausse de taux, la BoJ a déjà suspendu depuis un moment le rachat d’obligations pour un montant mensuel fixe et fait dépendre ses achats des conditions de marché. Quant aux rumeurs en provenance de Chine, elles se révèlent souvent peu fiables.

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Ce qui compte davantage, ce sont les dernières évolutions au sein de la Fed et de la BCE. Plusieurs membres de la Fed confirment les projets de relèvements de taux cette année. Et il apparaît de plus en plus clairement que la réduction des impôts décidée par Trump constitue un motif valide pour accélérer les relèvements. Le soutien fiscal supplémentaire (mais non nécessaire) est ainsi compensé par l’allègement du soutien monétaire. De son côté, la BCE a publié un rapport détaillé de sa réunion monétaire de la mi-décembre. Il en ressort qu’elle espère que l’économie européenne se portera mieux que prévu, alors que l’inflation restera inférieure aux prévisions. La BCE pense qu’elle viendra à bout de ce problème d’inflation. Ce qui suggère qu’elle se prépare à un allègement de ses mesures de soutien monétaire, probablement plus rapidement que ce que le marché l’estimait.

Il est clair depuis un certain temps que l’économie mondiale évolue positivement et que les banquiers centraux ont amorcé un changement de cap monétaire. Jusqu’il y a peu, les marchés obligataires semblaient ne pas s’en soucier. La donne est manifestement en train de changer doucement. Les taux allemands à dix ans se situent actuellement quelque 30 points de base plus haut qu’il y a un mois. Aux Etats-Unis, le taux à dix ans est quant à lui supérieur de 50 points de base à sa situation de la mi-septembre.

Ces dernières années, le début de la hausse tant attendue des taux a été annoncé plusieurs fois. Aujourd’hui, plusieurs facteurs vont effectivement dans ce sens : la croissance économique solide, les indicateurs qui trahissent plusieurs pénuries économies et la réorientation de la politique monétaire vers un allègement des mesures de soutien. Certes l’absence de hausse de l’inflation offre un contrepoids mais à ce niveau, plusieurs éléments (notamment la hausse des cours des matières premières) trahissent également un changement. Dans ce contexte, une poursuite de la hausse des taux constitue un scénario probable.



Cet article a été rédigé par Bart Van Craeynest

le 12 janvier, 2018

Après ses études d’économie à l’UFSIA, Bart Van Craeynest a rejoint le secteur financier en tant qu’économiste. Il suit depuis plus de 15 années déjà les évolutions économiques en Belgique et à l’international, et jauge l’impact de ces dernières sur les marchés financiers. Après un long passage chez une grande banque belge, il est devenu économiste en chef d’un organisme financier en 2010. Depuis 2015, Bart Van Craeynest est l’économiste en chef d’Econopolis. Il est co-responsable du scénario économique de la maison et à ce titre étroitement impliqué dans la définition de la stratégie d’investissement.