Le transport aérien à l’ère de « l’innovisme »

L’invitée spéciale du Econopolis Economic Encounter (organisé en collaboration avec Brussels Airlines, Deloitte, BMW et la KU Leuven) a lancé le concept ingénieux dénommé « innovisme ». Nous avons tenté d’appliquer cette notion aux transports aériens de nos jours.

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Le nec plus ultra grâce à l’innovisme

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L’économiste américaine Deirdre McCloskey (76) était l’invitée spéciale du Econopolis Economic Encounter, qui a eu lieu ce 4 décembre en partenariat avec Brussels Airlines, BMW, Deloitte et la KU Leuven. L’événement s’inscrit dans le cadre du parrainage de la Chaire Hidden Champions d’Econopolis à la KU Leuven.

L’an dernier, Deirdre McCloskey a reçu un doctorat honorifique à l’Université Libre de Bruxelles. Elle arrive en effet à concilier l’économie avec tout autre discipline comme personne, elle n’a pas peur de se heurter aux opinions qui fâchent.

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McCloskey estime que l’homme a bien trop souvent tendance à se faire une image globale de l’économie, on lui colle une étiquette en quelque sorte, créée à partir de modèles à suivre et de chiffres qui ne révèlent pourtant rien sur la façon dont tourne le monde en réalité. « Ces prototypes ne prennent pas en considération les personnes présentes derrière les chiffres. Si on les prenait en considération, on ne pourrait arriver qu’à une seule et unique conclusion : nous vivons dans le meilleur des mondes. J’invite les sceptiques à visionner d’urgence les courts-métrages Factfullness sur YouTube de l’extraordinaire professeur Suédois Hans Rosling (ou à jeter un coup d’œil à cet interview ). Nous n’avons jamais été si bien qu’aujourd’hui. Nous devons cette situation de bien-être au commerce international, au libre marché, … Bref, à l’esprit d’entreprise », résume McCloskey avec enthousiasme. « C’est d’ailleurs extrêmement simple à démontrer avec le concept the quality of goods (la qualité des biens). Prenez par exemple le smartphone. Même moi, je ne suis pas assez smart (intelligente) pour comprendre l’ensemble des fonctionnalités. Je sais en revanche que je n’ai plus besoin de lampe de poche ni de dictaphone. Ou un autre exemple : prendre l’avion. Chose qui m’arrive très souvent vu le grand nombre de conférences auxquelles j’assiste. Je sais donc de quoi je parle. Qui de nos jours n’a pas accès aux transports aériens, comparé à il y a par exemple 50 ans, et dans un confort total qui de plus est ! Tout cela résulte de la puissance de ce que j’appelle l’innovisme. »

L’éthique de l’économie

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Lorsqu’on lui demande si face à une économie abordée de façon humaine on doit prendre en considération l’aspect écologique, elle répond : « Dire que l’aviation a un impact colossal sur l’environnement n’est pas totalement correct. Lorsque le prix du pétrole augmente, les entreprises cherchent à innover et vont à l’encontre de nouveaux carburants. Because they have to. C’est ce que nous pouvons constater à l’heure actuelle pour les véhicules et c’est ce qui se produira pour le kérosène. Historiquement parlant, les Mindshifts (changements de mentalité) voient le jour par nécessité et par l’envie d’innover. L’économie n’est pas du tout contraire à l’éthique. Bien au contraire, le libre marché nous pousse à revoir nos valeurs morales à la hausse. »

Permettez-nous d’approfondir le taux « d’innovisme » des transports aériens. Ces dernières années, beau nombre d’aéroports, qui soit dit en passant sont la propriété de différentes autorités, ont décidé de laisser le champ libre aux compagnies low cost. Cela offre la possibilité de voyager bon marché à de nombreuses personnes. Selon McCloskey, on a là un indice qui démontre que les gens vivent mieux. S’enregistrer et gérer partiellement ses bagages à distance sont également des belles preuves d’évolution, ça facilite la vie des gens tout en faisant gagner de l’argent aux compagnies concernées (c’est leur raison d’être). Cependant, on ne peut nier l’impact négatif qu’ont ces déplacements aériens sur l’environnement. Je dirai même plus, l’opinion publique réagit de plus en plus mal et force ainsi en quelque sorte la durabilité de l’aviation toute entière.

La problématique liée au carburant

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Une transition s’impose, mais ce n’est pas simple car la pression sur les prix est énorme au vu de la concurrence (malgré le fait que dans plusieurs pays européens les accises et la TVA ne soient pas pris en compte…). En examinant l’histoire, on peut s’apercevoir que l’aviation a déjà quelques belles réalisations de durabilité à son actif. Des études de l’organisation de l’aviation civile internationale (ICAO) démontrent que depuis fin des années 70, les moteurs des avions sont 75% plus silencieux, 70% plus économique et moins polluants. Cela fait également quelques années qu’on mène des expériences avec le biocarburant, qui réduit de 80 % les émissions de CO2.

L’entreprise Sky NRG implante actuellement une usine dans son pays natal, capable de produire annuellement 100.000 l de biokérosène – beaucoup moins polluant que le kérosène – à partir d’huiles de friture usagées. C’est également au Pays-Bas que l’on étudie la possibilité de créer du biokérosène à partir d’algues et de convertir les émissions CO2 en kérosène synthétique.

Le constructeur aéronautique Airbus se penche actuellement sur le développement d’un avion de ligne partiellement alimenté par énergie électrique, dont un des quatre moteurs traditionnels du modèle Avro RJ100 est remplacé par un exemplaire électrique. Boeing a annoncé l’arrivée sur le marché d’un avion entièrement électrique d’ici 2022, l’avion pourra transporter 12 passagers. Notons également que la puissance des batteries sera prochainement revue à la hausse : la capacité sera améliorée de 300 à 500 % grâce à la nanotechnologie, nous annonce avec fierté l’Institut norvégien de la technologie d’énergie.

Des innovations ingénieuses

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Il est évident que le carburant n’est qu’un élément parmi tant d’autres. Diverses innovations devront être encouragées pour booster le fonctionnement économique et assurer le service à la société toute entière. Cela fait quelque temps que l’on parle d’un Single European Sky (ciel unique européen) qui pourrait réduire considérablement les temps de vol et ainsi minimiser les nuisances sonores : ce serait un gain de temps et d’argent.

On met également tous nos espoirs dans le développement du pilotage automatique. Les progrès sur le sujet, fournis par des entreprises telles que la société belge drone-management-platform Unifly, sont accueillis à bras ouverts par les leaders du marché tels que Boeing et Airbus, mais également par le nouveau nom dans l’aviation: Aston Martin. Ils collaborent avec le fournisseur des moteurs à turbines Rolls Royce au développement d’un taxi volant à trois places, hybride : le eVTOL. Rolls Royce travaille également en solo sur un cinq-places hybride qui devrait atteindre une autonomie de 800 km. Lancement prévu pour 2022.

Le renouvellement de la flotte est l’élément qui aura le plus gros impact en peu de temps au niveau des émissions CO2. Chez nous, Brussels Airlines collabore avec Lufthansa pour le rajeunissement de la flotte longue distance et remplacera ainsi 7 (des 10) Airbus A330 par des modèles plus confortables, plus silencieux, plus efficaces et plus écologiques de la série A330-300 CEO. Ceux-ci disposent par ailleurs d’un champ d’action plus grand et de plus de capacité de charge. Les nouveaux avions seront tous équipés de moteurs de la marque Rolls Royce – Trent 700, ce qui implique une réduction de la consommation de carburant, du bruit et de l’émission de CO2. Le programme de rajeunissement sera finalisé début 2020.



Econopolis

Cet article a été rédigé par Econopolis

le 11 décembre, 2018

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