Les fournisseurs de télécommunications attendent la 5G

L’action Nokia a perdu 17,5% hier. Cette baisse du cours est imputable à une combinaison de résultats trimestriels décevants et d’une reprise plus lente que prévu du marché de l’infrastructure réseau mobile. Mais dans ce domaine, il ne s’agit que d’un report, pas d’un abandon des projets

3310Cette année comme les deux dernières, les actions des fabricants de réseau comme Nokia et Ericsson comptent parmi les maillons faibles des Bourses européennes. L’action Nokia a perdu environ 6,6% depuis le début de l’année, et celle d’Ericsson, environ 2,7%. La principale raison en est que les producteurs d’équipements de télécommunications sont toujours confrontés à un environnement de marché défavorable. La plupart des opérateurs de télécommunications ne doivent plus guère investir dans leur réseau 4G, et les investissements dans les réseaux fixes ont beaucoup baissé. En outre, les entreprises européennes font face à la rude concurrence de fournisseurs chinois comme Huawei et ZTE qui disposent d’un gigantesque marché domestique. 

Résultats trimestriels mitigés chez Nokia 

Les résultats de Nokia au troisième trimestre n’ont pas satisfait les attentes. Le chiffre d’affaires s’est contracté de 7% (4% sur base comparable). Les revenus de brevets se sont nettement accrus, mais pas suffisamment pour compenser la baisse du chiffre d’affaires de 9% dans la division Réseau. Le bénéfice opérationnel (hors réductions de valeur et frais de restructuration) a progressé de 20% et la marge opérationnelle a gagné 280 points de base à 12,1%. Le bénéfice net courant s’élève à un peu plus de 500 millions d’euros. Si l’on inclut toutes les charges uniques, le groupe essuie une perte de 190 millions d’euros. 

Perspectives défavorables

Les investisseurs ont surtout retenu les perspectives commerciales peu favorables avancées par la direction. Pour 2017, Nokia table désormais sur une contraction du marché de l’infrastructure réseau de 4 à 5%. Auparavant, elle tenait compte d’une contraction de 3 à 5%. Pour 2018, elle pronostique un nouveau recul de 2 à 5%, alors que les prévisions précédentes faisaient état d’un marché stable. 

Le marché de l’infrastructure de télécommunication est cyclique. Et ces cycles sont surtout portés par les évolutions technologiques. La reprise du marché est différée parce que la nouvelle génération (5G) de réseau mobile n’est pas encore prête. La technologie 5G promet des transferts de données mobiles à des vitesses beaucoup plus élevées et une meilleure couverture du réseau, ce qui doit mettre les applications Internet des Objets à portée de main. Quand la technologie 5G aura prouvé ses capacités, les fabricants d’infrastructure de télécommunications pourront enfin se préparer à une nouvelle vague d’investissements.

Le voisin suédois sort peu à peu de l’ornière

ericssonLes maigres perspectives commerciales de Nokia ont également eu un impact sur les cours de ses concurrents. Ainsi, l’action du groupe suédois Ericsson a perdu 4,4% hier. Les investisseurs avaient encore puisé un peu d’espoir dans les récentes évolutions au sein de l’entreprise. Ainsi, Ericsson a pu – pour la première fois depuis longtemps – retrouver un peu de croissance dans sa division Réseaux. En outre, la direction de l’entreprise a été remplacée : depuis janvier, c’est l’expérimenté assainisseur Börje Ekholm (ancien CEO d’Investor AB et de Patricia Industries, deux holdings de la famille Wallenberg) qui y occupe le fauteuil de directeur, alors que Ronnie Leten (ancien CEO d’Atlas Copco) prendra bientôt la tête du conseil d’administration. L’arrivée de l’actionnaire activiste Cevian (qui affiche un beau palmarès notamment chez Volvo) plus tôt dans l’année est également vue comme un plus. 

La patience des investisseurs à nouveau à l’épreuve

A court terme, tant Nokia qu’Ericssonn font face à un avis de gros temps. Mais ces deux entreprises ont déjà traversé de nombreuses tempêtes au cours de leur longue existence (Ericsson existe déjà depuis 1876, et Nokia a 11 ans de plus). De toute manière, elles n’ont pas d’autre choix que de continuer à réduire leur base de coûts sans négliger les investissements dans de nouvelles technologies. Si elles y parviennent, elles en seront récompensées à la prochaine reprise du marché des télécommunications. Sinon, elles risquent d’être de plus en plus acculées par leurs concurrents chinois. 



Cet article a été rédigé par Bernard Thant

le 27 octobre, 2017

Bernard Thant a obtenu son diplôme en Sciences Commerciales à l’EHSAL (maintenant connu sous le nom Hogeschool-Universiteit Brussel, un collège universitaire à Bruxelles), puis a suivi un cours complémentaire d'un an en Finance et Gestion d'Actifs. Après ses études il a fait la plus grande partie de sa carrière chez Société Générale Private Banking Belgique (précédemment Banque de Maertelaere) en tant qu'analyste financier puis gestionnaire de portefeuille actions. Bernard a rejoint l’équipe Econopolis Wealth Management en septembre 2014 comme analyste financier actions.