L’Oréal après le décès de Liliane Bettencourt

Liliane Bettencourt, la fille du fondateur du géant français des cosmétiques L’Oréal, est décédée le 21 septembre dernier à l’âge de 94 ans. Ces dernières années, Bettencourt a fait parler d’elle dans le cadre d’une sombre affaire impliquant certaines personnes de son entourage, qui auraient profité de sa situation médicale (elle souffrait de la maladie d’Alzheimer depuis de nombreuses années) pour lui soutirer plus d’un milliard d’euros. L’ancien président français Sarkozy lui-même aurait reçu des enveloppes contenant jusqu’à 150.000 euros lors de ses fréquentes visites à Bettencourt.
Pour autant, l’héritage de madame Bettencourt demeure important. La femme la plus riche au monde laisse notamment à sa fille unique un lot d’actions L’Oréal qui représente environ un tiers du total des titres de l’entreprises et vaut actuellement quelque 37 milliards d’euros.

liliane-bettencourt-loreal-heiress

Cette participation énorme dans l’une des plus grandes entreprises françaises a agité les esprits parmi les investisseurs. Les spéculations autour de l’avenir du groupe à présent que Bettencourt n’est plus ont provoqué un rebond de cours de 4%. Cela dit, il n’y a pas d’urgence pour L’Oréal. La société est en grande forme, qui dégage un CA de 26 milliards d’euros et un bénéfice de 4,5 milliards d’euros, et dont le cours de Bourse a doublé au cours des cinq dernières années. Cela dit, rien ne permet de supposer que la donne risque de changer. L’unique modification pourrait concerner l’actionnariat.

Les regards se tournent dès lors vers le groupe alimentaire suisse Nestlé, qui possède une participation de plus de 23% dans L’Oréal, qu’il avait renforcée dans les années 70 lorsque la famille Bettencourt craignait que le gouvernement socialiste rationnalise sa société. Le pacte signé entre Nestlé et L’Oréal prévoyait que dans un délai de six mois après le décès de madame Bettencourt, Nestlé ou les héritiers de Bettencourt pourraient renforcer leur participation dans L’Oréal. Cette clause alimente les spéculations autour des options qui viendront sur la table dans les prochains mois.

La première possibilité consiste en une offre de Nestlé sur l’ensemble du groupe. Au moment précis où Nestlé peine à égaler ses chiffres de croissance historiques, le profil de croissance supérieur de L’Oréal est alléchant. Une acquisition intégrale est cependant peu probable vu l’envergure du groupe (plus de 100 milliards d’euros au cours de Bourse actuel), qui le rendrait peu digeste, même pour un géant comme Nestlé. Par ailleurs, cette dernière a déjà vendu une petite partie de sa participation dans L’Oréal il y a quelques années.

Une deuxième possibilité est que L’Oréal reprenne la participation de Nestlé et ensuite supprime les actions. Ce qui soutiendrait le bénéfice par action sans que l’entreprise doive s’endetter de manière excessive. Par ailleurs, L’Oréal pourrait vendre la participation qu’elle détient dans Sanofi et qui vaudrait 10 milliards d’euros, afin de financer cette transaction.

Le scénario le plus probable à court terme est cependant le statu quo. Tant la famille que Nestlé n’ont aucune hâte à se séparer d’un investissement qui s’est extrêmement bien comporté ces dernières décennies et a encore de très bonnes perspectives. Avec un rendement moyen de 12% sur les 42 dernières années, même les actionnaires les plus critiques sont évidemment satisfaits.



Econopolis

Cet article a été rédigé par Econopolis

le 29 septembre, 2017