L’ours s’empare de la Bourse

Les gilets jaunes, les craintes permanentes concernant les finances italiennes, un Brexit plus que chaotique et surtout le dérapage total du conflit commercial entre les États-Unis et la Chine ont donné lieu à une semaine particulièrement agitée sur les marchés. Et maintenant ?

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Un parfum de récession

La semaine dernière, l’expression « bear market » était sur toutes les lèvres. Il se définit comme un marché d’actions qui a reculé d’au moins 20% par rapport à son sommet le plus récent. L’expression viendrait du fait que les ours ont tendance à ramener vers le sol les proies qu’ils enserrent dans leurs griffes. Au contraire des taureaux, qui préfèrent projeter leurs proies vers le ciel à l’aide de leurs cornes : un bull market est ainsi un marché haussier.Après les Bourses chinoise, sud-coréenne et italienne, c’était au tour des Bourses allemande et belge de se retrouver récemment dans un bear market.

Plusieurs causes peuvent être invoquées. Ainsi, le nombre d’emplois aux États-Unis n’avait augmenté que de 155.000 unités en novembre, contre 230.000 en octobre et alors que les économistes attendaient 198.000 postes de travail supplémentaire. De nombreux observateurs y ont vu une preuve du ralentissement de l’économie américaine. Si un parfum de récession flotte depuis un certain temps sur les marchés européens, c’était le premier signe que le ralentissement contaminait également les États-Unis.

No way, Huawei

Un autre événement qui a sans doute précipité le plongeon des Bourses de la semaine dernière fut l’arrestation de Meng Wanzhou, la directrice financière du géant chinois de télécommunications Huawei (mais aussi fille du fondateur et une des femmes les plus influentes de Chine). Elle a été appréhendée à Vancouver, au Canada, à la demande des États-Unis qui l’accusent d’avoir enfreint les restrictions commerciales avec l’Iran. Des allégations qui sont loin de convaincre le reste du monde. Plus encore : l’arrestation de Wanzhou est perçue comme une brutale escalade dans le conflit commercial latent qui oppose les États-Unis et la Chine. Donald Trump n’avait-il pas fumé le calumet de la paix avec le président chinois ? C’est vrai, oui. Mais cet événement ne peut que relancer la guerre commerciale, car la Chine n’acceptera jamais que l’on mette derrière les barreaux des personnes clés d’entreprises importantes. Imaginez que la fille de Billy Gates soit arrêtée en Chine : il est peu probable que Trump ferme les yeux.

Guerre technologique

Le conflit commercial entre les États-Unis et la Chine prend de plus en plus clairement les allures d’une guerre technologique. Il y a trois ans, la Chine avait exprimé l’ambition de devenir le leader mondial dans ce domaine d’ici 2025. Et Trump s’est senti attaqué. Or les  États-Unis sont particulièrement tributaires de la Chine pour leur technologie de pointe, puisque c’est de là que sont fabriqués de nombreux produits intermédiaires vitaux pour les ordinateurs et l’infrastructure de télécommunication.

Dans une telle guerre technologique, les télécommunications – surtout avec le déploiement de la 5G– constituent logiquement le secteur le plus visé. Les États-Unis avaient déjà interdit aux opérateurs américains de proposer les derniers smartphones Huawei. L’arrestation de Wanzhou ne peut qu’être considérée dans cette perspective.

Une balance commerciale peu brillante

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Pour quelles conséquences immédiates ?  L’action du groupe chinois AAC Technologies a plongé de 6% le jour de l’arrestation. Un nouveau coup dur pour l’entreprise, un producteur de boîtiers, d’objectifs de caméras, d’antennes et d’enceintes acoustiques qui connaît déjà une mauvaise année. Et ce n’est pas le seul sous-traitant de groupes commeHuawei et Apple à s’être retrouvé dans les cordes. Foxconn et Taiwan Largan Precision ont connu le même sort. En 2016, AAC s’est encore vue attribuer le statut de « blue chip » sur la Bourse de Hongkong : l’entreprise est ainsi considérée comme un investissement solide…Les statistiques d’importations et d’exportations chinoises ont en outre déçu.

naamloos2Les États-Unis exportent moins qu’ils n’importent et c’est ce déficit commercial que Trump veut éliminer en augmentant les droits d’importation. Naturellement, les autres pays ont riposté (ou vont le faire) en introduisant leurs propres taxes sur les exportations américaines. Le déficit commercial ne va donc pas s’améliorer aussi vite qu’espéré, mais le commerce international va décliner rapidement. Avec un déficit budgétaire de 6,6%, les États-Unis feraient mieux d’éviter toute arrogance : le pays est très vulnérable à un ralentissement de la croissance qu’il a lui-même provoqué.

De telles tensions sur le commerce international, auxquelles se sont ajoutés les troubles sur la scène politique européenne avec un Brexit plus que chaotique, l’Italie ou les gilets jaunes – la France a réduit de moitié ses prévisions de croissance –, ont logiquement provoqué une lourde correction sur des Bourses déjà instables. BASF, le plus grand groupe chimique européen, a déjà prévenu que son bénéfice serait en forte baisse. L’action a ainsi perdu 3,8% sur la Bourse de Francfort. Dans le même secteur, mais en Belgique cette fois, Solvay a perdu encore plus de terrain sur la Bourse de Bruxelles. 2018 entrera dans l’histoire comme une mauvaise année boursière avec des baisses des cours à la fois pour les actions et les obligations.

De la lumière au bout du tunnel ?

Mais tout n’est pas perdu. L’indice VIX (le « baromètre de la peur » des fluctuations des actions) reste proche de sa moyenne à long terme, entre 18 à 25. Or la situation ne peut être qualifiée d’alarmante que lorsqu’il dépasse 30. En outre, la banque centrale américaine, la Fed, a annoncé que la fin des relèvements de taux était proche. Au lieu des trois prévus, il n’y aura sans doute qu’un seul ou maximum deux relèvements des taux en 2019. Cela donnerait un peu d’air à l’économie et aux marchés. Si la Banque centrale européenne (ECB) change elle aussi de cap et trouve une réponse efficace à une inflation qui reste désespérément basse…

Dans ce contexte, l’attitude défensive que nous avons adoptée depuis un temps chez Econopolis est la bonne. Nous disposons d’une importante réserve de liquidités (tant dans les fonds que dans les portefeuilles) qui nous permettra de tirer profit de valorisations plus attrayantes. Le poids des actions est relativement faible et nous privilégions les valeurs plutôt défensives. Nous consacrons également une grande attention au rapport risque/rendement dans le volet obligataire. Nous avons par exemple peu d’obligations à haut rendement, et de nombreuses émissions de qualité.



Econopolis

Cet article a été rédigé par Econopolis

le 14 décembre, 2018