Medias : « contenu » et plates-formes de distribution

La semaine dernière, les médias financiers ont annoncé que Rupert Murdoch, le magnat des médias de 86 ans, négociait avec ses fils la vente des joyaux de la couronne de 21st Century Fox (Fox), leur groupe coté en Bourse. Comcast et Walt Disney Corp. (Disney) seraient candidats. Il n’est pas encore question de transaction concrète, mais les actifs concernés vaudraient au moins 50 milliards de dollars.

21Selon la rumeur, Fox envisage de vendre son studio de cinéma, la chaîne FX, le réseau de télévision National Geographic, la chaîne payante Sky et le réseau télévisé Star India. Dans ce scénario, Fox ne conserverait que ses chaînes économiques et d’information, Fox Sports et plusieurs autres chaînes télévisées. Selon des sources proches du dossier, Disney partirait favori : la famille Murdoch préférerait en effet être payée en actions Disney qu’en actions Comcast. De plus, une acquisition par Disney soulèverait moins d’objections de la part des autorités de concurrence.

Comcast, la reine du câble et de la télévision

Ce conglomérat américain des médias et des télécommunications a été fondé il y a plus d’un demi-siècle par Ralph Roberts. Plusieurs acquisitions de grande ampleur (dont AT&T Broadband, Adelphia Cable, NBC Universal, Time Warner Cable et DreamWorkd Animation) l’ont érigé au rang de premier groupe de télévision et de câblodistribution au monde ces deux dernières décennies. L’entreprise propose à la fois de la télévision, de l’Internet haut débit et de la téléphonie. La famille Roberts y tient encore fermement les rênes : elle contrôle un tiers des droits de vote et fournit le directeur, en la personne de Brian Roberts – fils du fondateur.

Disney est bien plus que Mickey Mouse

Bob Iger, president and CEO-elect of The Walt Disney Co.Walt Disney Corp. a été fondé par l’animateur et producteur de cinéma du même nom en 1923. Alors qu’il s’agissait essentiellement d’un studio d’animation à sa création, Disney n’a cessé d’élargir sa palette d’activités au cours du siècle écoulé. Aujourd’hui, l’entreprise possède toujours des studios de cinéma et d’animation (Walt Disney Studios, Pixar Animation Studios, Marvel Studios, Lucasfilm), mais aussi des chaînes télévisées (Disney Channel, ABC, ESPN et Freeform), des parcs d’attraction et des complexes de vacances (les divers Disneyland), des fabricants de produits de grande consommation et des médias interactifs (notamment Disney Store). Disney est dirigée par Robert Iger depuis 2005. Il a fait son entrée chez Disney en 1996 à la suite de l’acquisition ABC. Le CEO de 66 ans a prolongé son contrat jusqu’en juillet 2019 cette année, mais selon certaines sources, il souhaiterait prolonger son mandat plus longtemps à la tête de l’entreprise.

Paysage médiatique x.0

Le paysage médiatique évolue à un rythme effréné. Des groupes relativement neufs sur ce terrain comme Netflix et Amazon investissent des fortunes dans la création de « contenus » (émissions, séries et films) qu’ils distribuent en exclusivité sur leurs propres plates-formes de distribution sur Internet.

Le groupe de câblodistribution Comcast est parfaitement conscient du risque de « cord cutting » (consommateurs qui résilient leur abonnement à la télévision par câble parce que le « contenu » disponible sur Internet leur suffit) et a dès lors décidé d’investir énormément dans le « contenu » et les chaînes télévisées ces dernières années. Disney a choisi par exemple de réduire systématiquement son « contenu » disponible sur Netflix pour le proposer directement au consommateur via une nouvelle plate-forme Internet propre.

Pour Comcast ou Disney, l’acquisition de l’essentiel des actifs de Fox représenterait une nouvelle extension de leur éventail de « contenu ». Simultanément, elle leur permettrait d’étendre leur ancrage international. La famille Murdoch, en revanche, veut sans doute jouer la sécurité dans un paysage médiatique en évolution rapide en trouvant refuge dès maintenant dans les bras d’un partenaire encore plus grand et encore plus puissant. Tout suggère aujourd’hui que les grands vainqueurs de demain seront ceux qui disposent d’un important « contenu » propre qu’ils peuvent apporter au consommateur via leurs propres plates-formes de distribution.



Cet article a été rédigé par Bernard Thant

le 8 décembre, 2017

Bernard Thant a obtenu son diplôme en Sciences Commerciales à l’EHSAL (maintenant connu sous le nom Hogeschool-Universiteit Brussel, un collège universitaire à Bruxelles), puis a suivi un cours complémentaire d'un an en Finance et Gestion d'Actifs. Après ses études il a fait la plus grande partie de sa carrière chez Société Générale Private Banking Belgique (précédemment Banque de Maertelaere) en tant qu'analyste financier puis gestionnaire de portefeuille actions. Bernard a rejoint l’équipe Econopolis Wealth Management en septembre 2014 comme analyste financier actions.

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