Reckitt Benckiser: une réorganisation du portefeuille pas encore payante

Reckitt Benckiser (RB) a annoncé en marge de la publication d’un chiffre d’affaires trimestriel décevant qu’elle hébergerait dorénavant ses activités opérationnelles dans deux divisions qui opéreront de manière autonome, Health et Hygiene Home. Une telle décision formelle facilitera en tout cas une éventuelle vente ou un spin-off d’une des deux divisions.

rbAvec des marques comme Airwick, Calgon, Cillit Bang, Dettol, Durex, Nurofen, Strepsils et Vanish, RB est un acteur important sur le marché des produits de soins et des produits ménagers. Comme son concurrent Unilever, RB est née de la fusion (en 1999) d’une entreprise britannique (Reckitt & Colman) et d’une entreprise néerlandaise (Benckiser). Une croissance autonome robuste et durable du chiffre d’affaire combinée à des marges bénéficiaires importantes a fait de Reckitt Benckiser une véritable success-story dans le secteur des biens de consommation ces quinze dernières années. Aujourd’hui, la croissance de l’entreprise est cependant retombée au plus bas niveau de son histoire.

Mauvais élève en 2017

Bien qu’elle constitue un point délicat chez presque tous les grands acteurs du secteur, la croissance de chiffre d’affaires de RB est actuellement très faible. Cette semaine, le groupe a revu à la baisse ses prévisions de chiffre d’affaires pour la deuxième fois de l’année. Au début de l’année, RB tablait sur une croissance d’environ 3% pour 2017. En juin, la direction avait déjà ramené ses prévisions à 2% après qu’une cyberattaque a gravement perturbé les activités de l’entreprise. Mercredi dernier, cet objectif a une nouvelle fois été abaissé. La direction table à présent sur un chiffre d’affaires identique (hors acquisition de Mead Johnson, dont le chiffre d’affaires devrait se contracter de 0 à 2 %). Les investisseurs ont réagi avec flegme à l’information. D’une part parce que les prévisions des analystes étaient déjà inférieures aux attentes de l’entreprise, d’autre part parce que l’action avait déjà subi une correction récemment. Certains investisseurs estiment dès lors que les projets de scission ne sont qu’un préambule à une vente ou un spin-off de la division Hygiene Home (produits ménagers), ce qui pourrait créer de la valeur à terme.

Transformation

Reckitt Benckiser est en train de revoir son portefeuille d’activités. En juin, le groupe a bouclé le rachat de Mead Johnson, la plus grande acquisition de son histoire (prix : près de 18 milliards de dollars). Mead Johnson est le numéro deux mondial dans l’alimentation pour bébés et jeunes enfants.

En juillet, RB a vendu ses activités agroalimentaires (principalement moutarde et sauces) au groupe américain McKormick. L’opération s’inscrivait dans une certaine logique : ces produits ne correspondaient plus au reste de la gamme de RB. Les quelque 3 milliards de livres récoltés étaient également les bienvenus vu l’endettement croissant de RB.

rbaSelon la presse financière, RB s’intéresserait à la division médicaments sans ordonnance (OTC) de Pfizer, que le groupe américain envisage de vendre ou de scinder. Bien que l’opération soit stratégiquement sensée – les produits de Pfizer constitueraient un bon complément à la gamme de RB –, une acquisition par RB semble peu vraisemblable. RB est toujours en train de digérer l’acquisition de Mead Johnson, à la fois sur le plan financier et opérationnel. Et la direction de RB a d’autres chats à fouetter, comme la relance de la croissance. Quatre hauts dirigeants ont quitté l’entreprise récemment : les responsables des ressources humaines, de l’informatique, du marketing et des marchés émergents. Le départ du directeur du département informatique n’était pas illogique vu la récente cyberattaque qui a engendré une perte de chiffre d’affaires de 100 millions de livres. Un groupe de la taille de RB doit cependant être à même de compenser de tels départs.

Retour d’une prime ?

L’action Reckitt Benckiser, qui se négociait généralement avec une prime par rapport à ses concurrents, a perdu quelques plumes ces derniers mois sous l’effet des mauvais résultats de l’entreprise. Mais le modèle opérationnel n’est pas fondamentalement remis en cause. Avec l’intégration de Mead Johnson, la scission des activités opérationnelles et l’amélioration des résultats opérationnels, le directeur général Rakesh Kapoor et son équipe ont assurément du pain sur la planche. Mais s’ils parviennent à mener ces tâches à bien, l’action pourra retrouver rapidement sa valorisation et sa prime d’antan.



Cet article a été rédigé par Bernard Thant

le 20 octobre, 2017

Bernard Thant a obtenu son diplôme en Sciences Commerciales à l’EHSAL (maintenant connu sous le nom Hogeschool-Universiteit Brussel, un collège universitaire à Bruxelles), puis a suivi un cours complémentaire d'un an en Finance et Gestion d'Actifs. Après ses études il a fait la plus grande partie de sa carrière chez Société Générale Private Banking Belgique (précédemment Banque de Maertelaere) en tant qu'analyste financier puis gestionnaire de portefeuille actions. Bernard a rejoint l’équipe Econopolis Wealth Management en septembre 2014 comme analyste financier actions.

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