Uber : une entreprise de croissance en vogue, mais controversée, et confrontée à de nombreux problèmes

Avec d’autres investisseurs, Softbank – l’un des plus grands investisseurs en entreprises technologiques au monde – compte racheter une participation significative (environ 13%) dans Uber aux actionnaires existants. Mais le groupe japonais exige une remise de 30% par rapport à la valeur des dernières opérations de financement.

Uber est une entreprise Internet fondée en 2009 par Travis Kalanick et Garrett Camp, qui est aujourd’hui active dans plus de 70 pays.uber-new L’entreprise met en relation des voyageurs et des chauffeurs via une application et reçoit en échange un pourcentage sur les revenus de chaque course. Uber a également développé d’autres services liés au transport, comme UberEATS (plateforme en ligne de commande de repas) et Uber Freight (application qui relie des entreprises de transport à des expéditeurs de marchandises). L’an dernier, elle a racheté Otto, une entreprise spécialisée dans le développement de véhicules autonomes, pour quelque 680 millions de dollars. L’entreprise s’est également alliée au constructeur automobile Volvo pour le développement de véhicules autonomes. Si les véhicules autonomes deviennent une réalité à terme, les chauffeurs deviendraient superflus et l’un des principaux postes de frais d’Uber disparaîtrait.

Croissance rapide, résultats rouge vif

En dépit de sa croissance rapide, Uber n’est pas encore rentable (loin de là). L’an dernier, la valeur de ses courses a doublé à 20 milliards de dollars. L’entreprise a ainsi réalisé un chiffre d’affaires de 6,5 milliards de dollars, mais essuyé une perte nette de 2,8 milliards de dollars (hors impact de la cession de sa filiale chinoise à son concurrent Didi Chuxing). Au cours du trimestre écoulé, le chiffre d’affaires a progressé de 21% à 2 milliards de dollars d’un trimestre à l’autre. La perte nette s’est cependant creusée de 38% à 1,46 milliard de dollars. Ces pertes élevées s’expliquent notamment par la forte concurrence (de Lyft, notamment) et les problèmes juridiques auxquels est confrontée l’entreprise.

Célèbre, mais très controversée

Environ 40 millions de personnes utilisent l’application Uber au moins une fois par mois. Elles vantent surtout la convivialité de l’application et le service des chauffeurs. Les chauffeurs Uber ont tout intérêt à se montrer performants parce que leur volume de travail est notamment déterminé par les scores qu’ils obtiennent.

Mais Uber suscite également une vive opposition. Les chauffeurs de taxi professionnels considèrent que la plateforme leur vole le pain de la bouche en faisant appel aux services de particuliers pour les courses. De même, Uber a souvent maille à partir avec les autorités, car elle ne respecte pas toujours la réglementation très stricte en matière de services de taxi. UberPop, qui travaille avec des chauffeurs non professionnels, a déjà été interdite par des tribunaux dans divers pays. Récemment, Uber a perdu sa licence à Londres parce que l’entreprise ne transmettait pas correctement les délits des chauffeurs et des passagers et parce qu’elle utiliserait un logiciel pour tromper les autorités locales. Une procédure d’appel lui permet de poursuivre provisoirement ses activités.

En juin dernier, le fondateur d’Uber, Travis Kalanick, a dû quitter son poste de CEO. Outre les affaires précitées, Kalanick se voyait surtout reprocher la culture d’entreprise d’Uber (avec notamment des accusations de sexisme et de discrimination). L’action engagée par Alphabet contre Uber a également porté atteinte à Kalanick. Alphabet affirme que le fondateur d’Otto, filiale d’Uber, avait emporté avec lui de nombreux secrets d’entreprise de Waymo, la filiale d’Alphabet, et estime le préjudice à 1,9 milliard de dollars. Fin août, Kalanick a été remplacé par Dara Khosrowshahi, l’ancienne présidente de la plateforme de voyage en ligne Expedia.

Il y a quelques jours, Uber a confirmé qu’elle avait tenté de cacher le vol de données personnelles sur 57 millions de clients et de chauffeurs, et payé une rançon de 100.000 dollars à des pirates l’an dernier.

Pas d’entrée en Bourse à court terme

Il ne fait aucun doute que les services d’Uber offrent une plus-value aux consommateurs. Mais il reste beaucoup de pain sur la planche pour l’entreprise en matière de bonne gouvernance et sur le plan social. Et surtout : le principal défi d’Uber est la rentabilisation de ses activités.

La transaction attendue offrirait l’occasion aux collaborateurs et aux autres investisseurs qui sont actionnaires d’Uber de longue date de vendre leur participation au consortium constitué autour de Softbank. Uber s’achèterait ainsi du temps. Du temps qui doit permettre à la nouvelle directrice d’éteindre les nombreux petits incendies qui fragilisent l’entreprise, mais surtout d’améliorer la rentabilité dans l’optique de l’introduction en Bourse tant attendue (en 2019 ?). Vu les différents problèmes auxquels l’entreprise fait face et le fait que les actions ne sont pas négociables par le public, il ne semble pas illogique que le consortium Softbank tente d’obtenir une grosse remise par rapport à la valorisation des dernières opérations de financement (environ 68 milliards de dollars).



Cet article a été rédigé par Bernard Thant

le 1 décembre, 2017

Bernard Thant a obtenu son diplôme en Sciences Commerciales à l’EHSAL (maintenant connu sous le nom Hogeschool-Universiteit Brussel, un collège universitaire à Bruxelles), puis a suivi un cours complémentaire d'un an en Finance et Gestion d'Actifs. Après ses études il a fait la plus grande partie de sa carrière chez Société Générale Private Banking Belgique (précédemment Banque de Maertelaere) en tant qu'analyste financier puis gestionnaire de portefeuille actions. Bernard a rejoint l’équipe Econopolis Wealth Management en septembre 2014 comme analyste financier actions.