Vestas : dans l’oeil du cyclone

vestasLa semaine dernière, l’action du producteur danois de turbines éoliennes Vestas a pris deux raclées. La première est liée à l’annonce de la réduction des subsides accordés aux énergies renouvelables. La seconde est consécutive à la révision à la baisse du bénéfice projeté pour l’ensemble de l’année. Les investisseurs, qui détestent l’incertitude, ont dès lors amputé l’action d’un quart.

Les Républicains tentent de réduire les subsides à l’énergie verte

Vendredi dernier, l’action Vestas s’est tassée de 9% en réaction à l’annonce des projets de réforme fiscale des Républicains, qui prévoient un abaissement des ‘Production Tax Credits’ (PTC’s, subsides accordés sous la forme d’une réduction fiscale). En outre, les règles du jeu pourraient changer, comme la date de début des projets susceptibles de bénéficier des PTC et les corrections selon l’inflation appliquées. Bien que ces projets ne soient pas encore approuvés au Sénat américain, les investisseurs ont sanctionné le titre.

L’abaissement potentiel des Production Tax Cuts serait effectivement un contre-coup indigeste pour le secteur. Les perspectives du marché américain pour l’an prochain et le suivant étaient justement enthousiasmantes. Qui plus est, la croissance attendue aux Etats-Unis tombait à point nommé, car le marché allemand est de son côté en (net) repli. Après la décision de l’Allemagne, fin 2010, de modifier sa consommation d’énergie (sortir progressive du nucléaire d’ici 2022, accent sur la réduction des gaz à effet de serre et énergies renouvelables), le pays a connu plusieurs années fastes.

Pour Vestas, le marché américain est crucial. L’an dernier, l’entreprise y a réalisé près de la moitié de son chiffre d’affaires. Elle partage le marché avec General Electric. L’an dernier, chacun avait en effet une part de marché de 40%.

L’avertissement sur bénéfice sape la confiance

vestHier, l’action a pris une nouvelle raclée, donc. Son CA s’est replié de 6% et établi légèrement sous les prévisions des analystes. Son carnet de commandes a surpris positivement. Le bénéfice opérationnel (-18%) a en revanche plongé dans une plus large mesure que prévu. La direction attribue le repli de son bénéfice à la concurrence féroce et à la pression sur les prix. En outre, elle a annoncé que la marge bénéficiaire s’établirait à 12 ou 13% sur l’année, contre 12-14% initialement escomptés. Le CF libre devrait totaliser entre 450 et 900 millions d’euros, contre une estimation initiale d’au moins 700 millions d’euros. 

Le contexte de marché plus difficile n’a rien d’étonnant. Beaucoup de pays basculent actuellement d’un système de rémunération fixes des exploitants de parcs par mégawatt produit à un système d’enchères. Cette transition provoque quelques turbulences sur le marché. Cette année, le cours du producteur de turbines éoliennes Siemens Gamesa a lui aussi plongé en réaction à des résultats décevants. Pour les investisseurs qui ont investi ces deux dernières années dans Vestas, l’érosion des marges est cependant un phénomène assez neuf, la société ayant toujours fait preuve d’une grande discipline à ce niveau par le passé. C’est ce qui explique aussi l’importance du repli de cours la semaine dernière.

L’énergie éolienne (et donc Vestas) reste prometteuse

L’énergie éolienne demeure l’une des sources d’énergie renouvelable les plus prometteuses. Grâce à des innovations technologiques, cette énergie est de plus en plus compétitive face aux sources d’énergie fossiles. La production d’énergie éolienne ne produit du reste pas de CO2 ou déchets dangereux, et ne nécessite pas d’eau.

Dans le secteur, Vestas demeure l’une des entreprises les mieux positionnés, grâce à son bilan hypersolide, son expertise technologique et sa gamme de produits compétitifs. Sa dépendance aux ventes de turbines se réduit progressivement. Actuellement, le groupe tire déjà 18% de son CA des contrats d’entretien. L’action de Vestas semble bon marché, mais un redressement fondamental ne sera possible que lorsque sera confirmée la stabilisation du marché et des marges.



Cet article a été rédigé par Bernard Thant

le 10 novembre, 2017

Bernard Thant a obtenu son diplôme en Sciences Commerciales à l’EHSAL (maintenant connu sous le nom Hogeschool-Universiteit Brussel, un collège universitaire à Bruxelles), puis a suivi un cours complémentaire d'un an en Finance et Gestion d'Actifs. Après ses études il a fait la plus grande partie de sa carrière chez Société Générale Private Banking Belgique (précédemment Banque de Maertelaere) en tant qu'analyste financier puis gestionnaire de portefeuille actions. Bernard a rejoint l’équipe Econopolis Wealth Management en septembre 2014 comme analyste financier actions.